samedi 15 décembre 2012

Tuerie de Newport, 26 morts, un tueur sous anti dépresseurs...

Lien avec "Ecologine", (le poids des mots, le choc des labos)

Famille "normale", bourgeoise, mère instit, père géophysicien (?) attentive à la réussite scolaire des enfants, un jeune homme renfermé mais sans histoires, bon élève... des armes partout cependant... et 20 gamins morts avec 6 enseignants, et dans le lot, ne riez pas, la psychologue scolaire. Syndrome d'asperger? Sans doute. 

Notons qu'à Colombine, un des tueurs avait été arrêté bien avant le drame à la suite d'une plainte de la mère d'un camarade qu'il menaçait clairement sur son site et qu'un rapport (depuis "perdu") avait été fait mais non transmis au proc... tout comme ici certains messages sur le site d'Andy (avant qu'il ne fût fermé) exprimaient sans ambiguïté ses tendances hyperviolentes.. et que la plupart des crimes, y compris ceux-là, sont annoncés (lien avec Bernadette Dartus, morte de ne pas avoir été crue.) 

Une explication ? Les médicaments anti dépresseurs (lien avec les benzodiazépines) qui "peuvent causer" comme il est dit pudiquement "des troubles de l'humeur". Les tueurs de Colombine en prenaient, ainsi que celui-ci. Ils favoriseraient la démence surtout chez les "vieux" ou plutôt les "vieilles" qui en sont littéralement bourrés, une mine d'or pour les labos. (Lien avec le "Journal au jour le jour d'une grève de la faim" -extraits- dialogue avec une morte-vivante qui du reste décéda peu après.. des médocs, indirectement!)

vendredi 14 décembre 2012

Souvenirs obscurs d'hôpital psy

A propos de l'article (lien) de Gilles Devers (actualité du droit) qui s'insurge -à juste titre- contre la condamnation à seize ans de prison d'un patient souffrant de schizophrénie, il s'agit de celui qui a poussé sous le métro un homme qui en est mort... et déplore qu'il ne soit pas "soigné" en HP.

Politiquement incorrect, ça me laisse, non de marbre, mais de pierre du pont du Gard. C'est une c. de la justice OK mais les hôpitaux psy, mmm ? Souvenirs d'il y a quelques années : des locaux sordides, sales, 100 malades, parmi lesquels des alcooliques hard en désintox faisant régner la terreur, des trisomiques gentils dont ils se servaient comme boy, un peu encoprétiques aussi, nobody is perfect, un obsédé qui montrait son truc à qui voulait bien et surtout qui ne voulait pas et s'activait avec longuement, et THE "jet psy" super sapé deux fois par semaine [et encore seulement quand ses "conférences" partout, aux USA et ailleurs lui en laissaient le temps] pour "vérifier" les ordonnances, jamais d'"entretien" avec les "malades" ou seulement s'il y avait eu un clash; entretien, si l'on peut dire, 3 minutes chrono, on voyait tout à travers la vitre de l'aquarium, il y avait le "malade" et quelques soignants debout à droite et à gauche, et en face, THE psy.. si bien que ça ressemblait plus à un référé judiciaire qu'à un dialogue avec un psychothérapeute.. une jeune fille pas malade du tout mais dont personne ne voulait, quelques débiles légers inamovibles (l'étaient-ils avant ou était-ce un effet des médocs?) plus une ou deux femmes battues qu'on ne savait où mettre également, droguées, l'air vague comme tous*... et pour gérer ça, des aides soignantes ou infirmières seules présentes, et en le cas, dévouées nuit et jour, qui s'occupaient de tout, depuis les cacas du trisomique, les sécrétions de l'obsédé en passant par le réconfort nocturne de tous. C'était Sainte Anne, en 85, lorsque j'y effectuai une étude.

Réponse d'Ambre : "la jeune fille dont personne ne voulait, c'était peut-être moi."

Ma réponse:
Elle devait avoir 15 ans (?) blonde, jolie mais trop forte (à cause des médocs dont elle était bourrée comme tous) peu bavarde, discrète, toujours dans "sa" "chambre" (une petite pièce aveugle à l'entrée, il n'y avait que la porte pour donner un peu de jour, où seuls pouvaient tenir 2 lits et une minuscule "armoire", "chambre" qu'elle partageait avec une autre pas trop mal en point qui elle était toujours "dehors") ; je crois me souvenir que sa mère venait de mourir d'accident et qu'elle n'avait pas de famille ou du moins de famille qui se souciât d'elle, qu'elle venait du Nord (?) peut-être de Normandie, et que, suite à ce décès, elle avait plongé dans une dépression après avoir été "confiée" par la Daass (?) à des accueillants dont elle ne disait rien. 

Plus grave, elle n'était plus scolarisée depuis son séjour (6 mois et rien ne disait quand il finirait!!) n'avait accès à aucun livre.. avant elle préparait un CAP technique, cuisine? employée de restaurant? de collectivité? en tout cas ça l'ennuyait.. et elle n'avait depuis tout ce temps plus aucune activité sauf la télé, ni visites; du reste, même si elle y aurait été autorisée, elle ne "sortait" jamais dans le "hall" au rez de chaussée dit "cafétéria" où les malades recevaient leur famille, l'endroit le moins moche du lieu, vaste, avec des tables et des chaises -hideuses- et d'une saleté absolue, gobelets renversés, cendriers débordants,  mégots et déchets d'aliments au sol... et non sans danger (je m'y suis faite agresser sans rien avoir vu venir par une femme élégante BCBG, athlétique, tout à fait insoupçonnable qui, sans aucun signe avant coureur, s'est approchée de moi, je pensais qu'elle voulait me demander du feu... et m'a collé deux baffes retentissantes puis s'en est retournée s'asseoir devant son café comme si de rien n'était. Aucun infirmier, personne, elle aurait pu me massacrer. En principe les "malades" autorisés à descendre étaient sans dangerosité.. sauf que la surveillance au premier péchait étant donné déjà la pénurie de personnel.) 

C'est tout ce dont je me souviens, avec un jeune type au visage typique du syndrome des enfants d'alcooliques, très gentil, lui aussi dont personne ne voulait, qui était là depuis "toujours" disait-il, il voulait dire 5-6 ans? et qui suivait tous les visiteurs (et moi-même), débordant d'affection, un peu pesant ; il refusait que la personne sur laquelle il avait jeté son dévolu parlât à un autre, s'interposait sans que l'on puisse le tirer et lorsque l'infirmière le grondait et l'obligeait à rejoindre sa "chambre", avait pour habitude, de loin, de montrer son derrière à son ou sa "rival/e". Voir le cas "Anita" ou "le syndrome de Stockohlm" (lien.)

* Une mine d'or pour les labos que ces "malades" qui n'ont pas le choix et que l'on oblige à ingurgiter des tonnes de médocs au point qu'ils en deviennent accro même une fois libérés (lien.) Aussi gravement qu'à une drogue, il me souvient notamment d'un homme surexcité hurlant et suppliant frénétiquement l'infirmière de lui donner "son" témesta -forte- juste un comprimé etc... Poignant. 

dimanche 18 novembre 2012

Chloé, la jeune fille kidnappée vers Barjac..

D'abord, Chloé n'a été retrouvée que par hasard, un miracle, et parce que son kidnappeur, pardon, présumé kidnappeur était du genre pas futé, une voiture volée sans même qu'il se soit donné la peine d'y apposer de "vraies" plaques, suivi d'un léger accident, un phare. L'eût-il été que NOUS NE L'AURIONS SANS DOUTE JAMAIS REVUE ! 

Question angoissante : où se rendait-il avec la jeune fille dans son coffre? S'il ne s'était agi que de la violer (!) avait-il besoin d'aller en Allemagne? Cela ressemble fâcheusement à un contrat, une livraison. Cf le livre "Les disparues d'Apoigny" qui dénonce de véritables trafics d'enfants ou de mineur/es apparemment assez mollement recherchés surtout s'ils sont "fragiles" et l'entourage idem, ou l'affaire Dutroux et les impensables bévues policières sans lesquelles Julie et Mélissa eussent été sauvées.

Autre question ou plutôt réponse : ceux qui s'insurgent contre le fait que la prison ne remplit pas son rôle d'éducation partent implicitement du principe platonicien que "nul n'est méchant volontairement" et qu'il suffit d'enseigner, de faire voir le bien pour qu'il soit acté ensuite. C'est faux. Certains, surtout parmi les prédateurs sexuels, savent fort bien mal faire jusqu'à l'horreur, il n'est pas utile de le leur "expliquer" (!)... et le font tout de même, simplement parce qu'ils s'en moquent. D'autre part c'est en principe à l'école d'éduquer et non à la prison. 

Ici on a un pluri délinquant-criminel récidiviste -pour l'un au moins de ses gestes- qui visiblement combine plusieurs méfaits, sexuels perso semble-t-il (viol et agressions sexuelles), pédophile ou quasi, vol mineur (de bagnole) et peut-être ici le plus grave, une stipende, le cas est moins rare que l'on ne croit de ces criminels multifonctions qui joignent "l'utile et l'agréable", et il est un fait que les "amateurs" recrutent comme hommes de main fournisseurs des prédateurs sexuels qui savent faire pour leur propre compte. Et enfin, une très grande partie des viols sur enfants ne sont jamais signalés, y compris si l'enfant s'est plaint lui-même, y compris si les parents sont aimants.  Impensable mais exact. Deux cas récents.

On parle à mi mot et on passe vite à autre chose: Rose par exemple fait état de "problèmes" de son fils... peut-être dit-elle, embarrassée lorsqu'on la questionne, reliés à une boîte de curés où il y aurait eu... euh.. enfin peut-être.. "des histoires".. Quelles histoires? Oh des affaires entre certains prêtres et les enfants... Quelles affaires? "On a dit que.. enfin vous voyez ce que je veux dire? mais bon on l'a retiré l'année d'après (!!?)" etc.. Une plainte ? Non, bien sûr, à quoi bon (?!?) On n'allait pas remuer ça, et puis il n'était pas tout seul et les autres n'ont pas bronché. Ou encore, Annie grand-mère aimante et dévouée ne s'étonne pas plus que ça de voir arriver sa petite fille handicapée mentale comme tous les samedi en taxi, en larmes, des excréments sur ses vêtements, refusant qu'on la lave et marmonnant "méchant monsieur" etc... et à la question d'une proche "mais n'a-t-elle pas été sodomisée?" elle se récrie horrifiée "voyons, que vas-tu imaginer" etc.. Aucune plainte là aussi et cela s'est réitéré pourtant. Ou encore (lien avec "le syndrome de Stockholm".) 

L'enfant-roi dont les publicités et les magazines nous abreuvent est un mythe d'inversion catastrophique: comme de tout être fragile, personnes âgées, malades, la société et même souvent l'entourage qui fait chorus se moque bien, surtout s'il ne consomme pas ou peu. Et même dans ce cas, dans un milieu bourgeois le cas Agnès (lien).   
Lien avec "un ratage policier et judiciaire abracadabrantesque". 

samedi 10 novembre 2012

Harcèlement au travail, épiphénomène et artefacts. Un simple geste suffit

 
Lors d'une relation patron-employé pervertie depuis des lustres, le harceleur n'a même plus besoin de se laisser aller à quelque méfaits lourds et évidents, des semi insultes par exemple ou un mépris caractérisé; un simple geste, anodin et banal, suffit à devenir dans le contexte une menace dirimante.. mais pour la cible seulement (lien avec le "principe du cobra"). Ainsi, un simple doigt passé au dessus d'une étagère peut-il revêtir un sens quasi mortifère sans pour autant que la victime ne soit paranoïaque, et elle aura bien du mal à le faire reconnaître -en justice ou non- : c'est le but (lien). Un regard vers une tache au sol, idem. Le harcèlement, lorsqu'il est bien conduit, est ce qu'il y a de plus difficile à démontrer. Il suffit de construire une niche et le reste glisse tout seul (lien). 

[Note. Lorsqu'il est sexuel, c'est encore plus facile.]

jeudi 1 novembre 2012



LES AGRESSEURS SEXUELS 
ET LEURS KAPOS, LE CAS LENA
(Suite d'un article de "femmesavenir", lien) 

[Il s'agit de maltraitance..]

Il arrive que ceux ou celles qui dans, leur enfance, ont subi ou été témoins, ce qui pour les conséquences revient au même d'actes gravissimes, non seulement pratiquent le déni et la solidarité envers le doleur MAIS AILLENT JUSQU’À ÉREINTER LES VICTIMES a priori et en toutes circonstances, telles les femmes battues qui chargent les féministes qui les défendent, elles ou d'autres victimes. C'est le syndrome de Stockholm. Exemple.


Léna 

Léna, de milieu petit bourgeois intello a subi dans l'adolescence une agression sexuelle de la part d'un proche, pas un viol, unique et jamais réitérée, un quart d'heure de folie ou de fureur inexplicables dans la vie exemplaire d'un homme qui se termina à 95 ans, insoupçonnable et aimé de tous. Pas vraiment soutenue cependant, on l'a fait taire, elle en garde quelques séquelles. Lors de stress, "cela" revient confusément mais comme souvent les agressés sexuels, elle fait preuve d'une force hors-norme.. associée à une fragilité peu perceptible.

Elle n'en a ensuite plus jamais parlé, même pas à son psy, s'efforçant d'oublier et elle a oublié. Pas tout à fait pourtant et c'est pire car cela existe comme toile le fond en elle sans qu'elle ne le sache donc ne puisse le maîtriser. L'émotion a pris le relai du logos, et elle réagit parfois, même dans des situations anodines, démesurément sans savoir elle même pourquoi. A la faveur d'un événement sans rapport, longtemps après, "cela" est revenu mais cette fois avec une telle force qu'elle a enfin fait son "coming out". Encore avait-elle brièvement mentionné autrefois l' "anecdote" en l'édulcorant, une seule fois, à son mari, comme on avoue un crime à qui se propose de partager votre vie, ayant croyait-elle, surmonté le bouleversement qu'un tel acte même unique même "léger" -ce n'était pas un viol- génère à vie.. 

La voilà qui parle donc mais cette fois ouvertement, publiquement, d'abord à des groupes de femmes, ensuite à des amis en nombre ahuris, et enfin à un très proche de sa famille, David. Elle tente même d'exiger de son agresseur âgé une explication écrite, il est auteur et n'obtient que 10 pages qui ne veulent rien dire, étonnantes étant donné son talent d'habitude. Elle n'a pas la force d'en exiger davantage.. 

Mais à David, son presque frère, elle écrit. Non pas pour dénoncer a priori son agresseur mais seulement au sujet d'une vague dispute qui n'a rien à voir, seulement pour expliquer la violence de sa réaction. Il est un fait que les agressés sexuels ont souvent des réactions hard inattendues que parfois ils ne comprennent pas eux-mêmes ou qu'ils ne peuvent expliquer aux autres qu'en faisant mention de leur "équation personnelle" ce qui est la plupart du temps impossible.. et qui par parenthèse les isole davantage; c'est une des séquelles de l'agression sexuelle et non des moindres. 

Le résultat est immédiat, UNE LETTRE D'INSULTES ! notons le, nullement au sujet de la dispute (le sujet) mais seulement de cet "aveu" sur lequel il s'appuie pour la démolir davantage (alors que sa missive était une justification, presqu'une tentative d'excuse à propos de la querelle). Médiocre, il se sert donc de cet "aveu" contre elle en le détournant de son sens, enfonçant encore le clou: elle est une "semeuse de merde jalouse et aigrie par une vie affective anéantie -elle vient en effet de divorcer- reliée à son détestable caractère, elle ignore tout de ce qu'est l'Amour etc etc.." 3 pages maladroites parsemées de majuscules inappropriées suintant d'une inextinguible haine; elle rompt donc avec lui sans même exiger d'explications. Les agressés sexuels ont une bonne résistance aux rebuffades mais, se sachant vulnérables, choisissent souvent la fuite sans retour. Une résistance.. par le vide. A la fois fragilisés et renforcés par leur passé, ils témoignent souvent d'une sorte d'indifférence, de cynisme qui peut les faire méjuger mais aussi parfois s'effondrent d'un coup. Bref, Léna n'y songe plus.

4 ans plus tard, coup de théâtre, à la suite d'un décès qui les a obligés à se revoir, à l'occasion d'une réflexion anodine de David, elle apprend qu'il ignore tout de la lettre... qui provient en fait, non de lui qui pourtant l'a "signée" mais de sa femme, Adèle.. qui a signé pour lui!



Adèle, un sac de noeuds

Issue d'une famille immigrée culturellement défavorisée dont, intelligente et ambitieuse, elle est une rescapée, chaleureuse mais âpre à la réussite, elle n'a pas d'état d'âme, capable de cruauté et de trahison -elle en donne là la preuve-, à la fois candide et retorse, généreuse, nature et perverse, loyale envers certains et abjecte envers d'autres [selon qu'il peuvent la servir ou lui faire courir le risque de déchoir -mais elle se trompe parfois-] elle est un cas. Or, il se trouve qu'une rumeur persistante au sujet de sa famille parle d'un inceste entre son père et sa sœur.. qui, mise à la porte lorsqu'elle se trouva enceinte, disparut alors totalement nuit et brouillard avec le bébé. (Mais il semble que le père l'eût revue en cachette.) Adèle a toujours occulté cet épisode bien que son milieu, contrairement à celui de Léna, ait rendu le drame plus ou moins public. Le roman familial ciselé par ses soins, le voici: sa sœur était une écervelée, le mot "traînée" étant largement sous entendu, qui avait eu des "problèmes" (!), était partie au grand désespoir de tous et qu'on ne parvenait pas à retrouver, même pas la petite Anita abandonnée à DDASS, ce qui peinait tant sa mère etc. [Inexact, il suffisait d'une minime recherche.]

Mais voilà qu'un élément plus tard faussa tout : à 17 ans, la jeune fille surgit comme une Parque des Enfers et son témoignage à charge contre son grand-père et père fut accablant, elle assurait même avoir été témoin de ses relations avec sa mère, bien après qu'elle fût "partie" ou plus exactement chassée [il lui aurait rendu visite.] Pire, elle affirmait qu'il avait depuis son retour tenté envers elle aussi des gestes non équivoques. Un détail tendait à corroborer au moins sa paternité, Anita était son portrait exact.
  
Revenons à la lettre. Adèle avait donc signé à la place de David et Léna avait réagi par une rupture en silence, un coup bien calculé de qui savait comment réagissent les agressés sexuels intrafamiliaux, par la fuite sans retour. Ici, Adèle est un syndrome de Stockholm par procuration : elle fait corps non seulement avec un violeur jamais incriminé qu'elle soigna jusqu'à la fin, mais a priori avec TOUS les agresseurs, fustigeant dans la foulée toutes leurs victimes. Une kapo par vocation. Un "syndrome de Stockholm" prend définitivement et par principe le parti du bourreau contre sa proie, y compris lorsqu'il est cette proie et plus encore s'il s'agit d'une autre. Des bénéfices secondaires? Pas toujours, si ce n'est ici de faire taire les bruits persistants sur sa propre lignée et sur elle-même et d'offrir socialement une image convenue. Mais parfois, les anti-bénéfices montrent qu'il n'est pas opportuniste ou plus exactement opportuniste à rebours de ses intérêts. Pour lui, une injustice vaut mieux qu'un désordre : c'est un manipulé qui manipule, un tueur sans gages plus hard encore que son maître. 


Interprétation de Dimitri

Le fils de Léna qui trouva par hasard la lettre pleine d'épluchures prête à partir à la poubelle, étonné d'y voir le nom de sa mère, la lut à voix haute et s'amusa à la prendre à rebours. Résultat stupéfiant: même Léna qui n'avait pas eu le courage de poursuivre jusqu'au bout éclata de rire, c'était un transfert presque parfait, une inversion totale des deux personnages, Adèle était Léna et faisait endosser à celle-ci son propre personnage. La fustigeant cruellement sur quelques points de détails curieux qui avaient la particularité de lui être applicables et pas à sa victime, elle parlait donc d'elle-même avec quelques envolées saugrenues hors-sujet surprenantes: "Nous Nous Aimons Sincèrement plus que Tout et sans aucune autre motivation que l'Amour, absolument Rien d'autre -disait-elle et faisait-elle dire à David- ce que tu ne peux pas comprendre car tu n'as jamais connu l'Amour.. Nous, nous ne nous Cachons rien, tout dans notre Couple est Limpide comme l'eau etc..." Jamais Léna n'avait dit le contraire, elle n'avait parlé dans sa lettre que de sa propre agression et encore entre parenthèses, pour se justifier. 

En fait toute la réponse était hors sujet, visiblement mitonnée pour l'anéantir et éviter toute réponse, avec quelques pics cocasses qu'elle n'avait pas lus... Un transfert parfait: par exemple le couple Adèle-David, taiseux, fonctionnait avec des non-dits, ne serait-ce que cette lettre, tandis que celui de Léna, explosif, était sincère; de même, la perverse c'était bien Adèle et non Léna, et la jalousie provenait d'elle et non l'inverse etc.. D'autre part, le déni vigoureux, candide et hautement suspect d'une accusation qui ne lui avait jamais été portée évoquait l'enfant qui s'exclame "non, je l'ai pas mangé et j'ai pas caché les bouts dans ma poche" alors que sa mère recompte les pastels qu'il a tendance à dévorer -il en manque un- et se demande si la boîte n'était pas incomplète; Un syndrome de Stockholm donc, banal quoique compliqué.

Toute victime qui lève la tête l'offense car elle risque de l'entraîner. Et victime, le syndrome de Stockhlom refuse de l'être, refuse même que "cela" puisse exister. "Cela" n'existe pas. Malheur à qui dit le contraire. Or là, si Léna parle publiquement, même d'une agression mineure, créant malgré tout le scandale autour de la famille [qu'Adèle a intégrée au point de ne plus jamais mentionner son nom initial ni son origine] elle risque d'attirer l'attention sur son cas à elle, bien plus gravement, son père n'étant pas, lui, insoupçonnable. Exit la semeuse de merde et par tous les moyens même les plus odieux, l'idéal étant de faire porter à David le poids de la charge. 

Car Adèle, comme beaucoup de marginaux qui se sont élevés socialement avec âpreté -et talent- surjoue son personnage, pose à la parfaite parfois avec une emphase logorrhéique déplacée et maladroite qui a contrario du but recherché la dévoile. Un syndrome de Stockholm n'est pas avare de contradictions ahurissantes et abjectes, forcément, c'est sa situation qui est folle, abjecte et hors norme. Par exemple lorsqu'Anita, la jeune nièce d'Adèle refusa de retourner dans sa famille où, avait-elle dit à Léna -et à d'autres-, son grand-père et père tentait de lui faire subir des attouchements, Adèle l'admonesta durement: "On te doit rien, si t'es pas contente, la porte est grande ouverte, tu nous manqueras pas etc etc.." Odieux car Anita avait été confiée à des parents d'accueil qui ne s'en étaient pas davantage souciés que sa famille biologique -contrairement au "roman familial", ils n'avaient jamais cherché à la retrouver, bien au contraire-. Le portrait qu'Adèle brossait d'Anita était "une adolescente égoïste qui "abandonnait" (!) des grand-parents âgés et aimants pour aller picoler avec des drogués" .. alors que c'est elle qui, exclue par sa famille parce qu'elle aurait fait tache (bâtarde), s'était ensuite alliée à d'autres paumés parfois en effet peu présentables. Les syndromes de Stockholm pratiquant le déni et le transfert vont parfois jusqu'à la contre-vérité burlesque, devant un exhibitionniste en pleine action, ils pourraient par exemple s'exclamer sans broncher "voyez comme il est pudique, je vous l'avais dit." Bourrage de crâne violent et loufoque... efficace pourtant parfois dans un groupe restreint. 

De fait, personne n'osait la reprendre. Un jour cependant, il y eut un couac, une réponse cinglante de Léna exaspérée devant la nième charge d'Adèle contre Anita toujours dans le style théâtral qui lui était propre "je sais pas pourquoi cette gamine refuse à toutes forces d'aller chez ses grand-parents, même lorsqu'on y va elle veut rester ici, ça les peine tellement les pauvres à leur âge, c'est terrible etc..".. "ELLE A PEUT-ÊTRE SES RAISON" coupa Léna sec.. et là, ô stupeur, la réplique claqua immédiatement, fort et assertorique: "C'est pas vrai!" (!) dévoilant naïvement que malgré ses discours hypocritement interrogatifs, elle n'ignorait en fait rien des accusations (vraies ou fausses) portées par la jeune fille sur son grand-père. 

Vrai? Faux? Il est sûr qu'Anita détestait sa famille pour avoir jeté sa mère enceinte à la rue et l'avoir vouée à des errances dramatiques, une famille qui, malgré une relative réussite sociale, signe qu'ils n'étaient pas si paumés qu'ils le prétendaient, ne s'était jamais souciée d'elle, bien au contraire [lorsqu'elle fut retrouvée -facilement- par Léna qui avait cru au roman familial d'Adèle, celle-ci, pour le coup dévoilée n'en parla soudain plus du tout. Omerta complète]. Anita était-elle revenue régler des comptes au couteau avec ceux qui avaient conduite sa mère à la prostitution et elle à la DDASS? L'entourage se départageait, la gêne était palpable, certains préférant ne pas la croire, solution de facilité car Adèle, porte fanion de la moralité de tous y compris de celle des autres (!) pesait son poids tandis qu'Anita était vouée à repartir à jamais nuit et brouillard, personne parmi ses proches ne semblant la retenir, un euphémisme... Adèle par ailleurs se comportait parfaitement en tant qu'épouse et bru, dévouée, gentille, mis à part quelques couacs en dessous qu'elle voulait discrets (la lettre). 

Une "folle" donc, cette Anita. Haro sur la victime, tapis rouge pour le doleur, mieux vaut socialement avouer une nièce dérangée et droguée qu'un père incestueux plusieurs fois. Exit la trublionne. Or notons-le, cette volée contre Anita fut exactement identique à celle que reçut Léna longtemps après lorsqu'elle aussi osa parler de son cas, sans commune mesure. Mais si Léna ne fut pas trop affectée par la lettre d'insultes, sa vie au loin l'ayant mise à l'abri de ces scories, en revanche, pour Anita, ce nième rejet fut un drame : éreintée de toutes parts y compris par sa propre famille retrouvée -par elle- depuis peu, non défendue ou mal, elle dériva jusqu'à sa fin prévisible, son suicide.. preuve que les séquelles de viols ou d'agressions sexuelles peuvent perdurer et même s'amplifier très longtemps après lorsque les victimes se trouvent en butte à des kapos qui les enfoncent davantage encore dans le trou. 

Les responsables? Le violeur évidemment qui ne fut jamais inquiété si ce n'est par la rumeur insistante jamais suivie de dénonciation franche, mais aussi Adèle qui l'aida largement à détruire sa dernière proie. (Mais la jeune fille, le connaissant à peine et n'éprouvant aucune affection pour lui, aguerrie par son passé de loubarde, sut se défendre mieux que sa mère: elle le dénonça, parla à tous -d'abord à Léna- et, après un épisode plus hard où il aurait tenté de la coincer dans un couloir, refusa sans appel de le revoir.) On aurait pu penser que celle-ci, ensuite liée à un compagnon plus âgé vivant dans les bois -par sa profession- s'en était tirée, fût-ce par la fuite. Ce ne fut pas le cas: à la faveur d'une séparation, tout le passé resurgit. 

Une famille ouvrière ordinaire catholique et travailleuse, par ailleurs extrêmement soucieuse d'ascension sociale dont Adèle, bien mariée pour leur plus grande fierté était le fleuron. Une observation : le fait, dans l'enfance, d'avoir subi ou seulement été témoin impuissant de violence sexuelles ou autres suffit à faire de l'enfant et même de sa descendance ensuite des victimes par procuration.. avec les séquelles souvent identiques ou pires que celles des agressés directs. Cela m'a été signalé par plusieurs lecteurs (de "Secret de famille") leurs enfants sont parfois encore plus atteints que leurs parents. Un agresseur sexuel ou violeur ne détruit donc pas seulement une victime mais une lignée, fratrie et ensuite descendance. [C'est le cas probable du père de Léna -ici, milieu intello-bourgeois-citadin- qui avait vu une de ses sœurs menacer leur jeune beau-père tentant de la peloter ou pire.. La jeune fille, à laquelle Léna ressemblait beaucoup, se maria rapidement peu après, quitta définitivement sa famille et même son pays, et 40 ans après, le frère-témoin eut ce geste contre.. l'image de sa sœur, sa propre fille. Non, on n'oublie pas.] 

Il faut noter que les agresseurs sexuels peuvent ensuite vivre un calvaire, ce fut le cas ici, leur respectabilité étant à la merci de leur victime, d'où une haine renforcée reliée à la peur qu'elle ne parle et la haine réciproque de celle-ci qui peut aussi en jouer. Ou le meurtre dans certains cas. Ambiance.

lundi 29 octobre 2012

Maryse Dhainaut, licenciée après avoir dénoncé un dysfonctionnement dans un centre pour ado en difficulté, et toc !

Les aléas de dénoncer des actes de maltraitance 
envers des enfants parfois : couic, out le trublion !


 

 Soit un centre d'éducation pour enfants en "difficulté" (lisez, parfois un brin délinquants) sis comme il est d'usage assez loin de leur lieu d'"exercice" (Paris), ici en Lorraine. Et une jeune directrice nouvellement nommée qui a un peu secoué le cocotier. Ne faisant au fond que pointer ce que l'on nomme impudiquement des "dysfonctionnements" [rien moins que mauvaise qualité et insuffisance de la nourriture, coups, etc..] déjà observés autrefois par un rapport de la DDASS qui apparemment a fait plouf, ça continue comme avant, l'agrément a été maintenu après toutefois une exigence d'amélioration comme il se doit.. dont on peut ou pas tenir compte, l'essentiel est qu'il n'y ait pas de bruit. Dickens pas mort. Les riches eux vont dans d'autre "centres" nommés Lycées privés de la Forêt, du Lac etc... où parfois ce n'est pas mieux sauf pour la bouffe, mais c'est beaucoup plus cher (lien avec le cas d'Agnès). 


Vous observez qu'il s'agit pour les licencieurs d' "incidents" (avérés). Incidents?! Des coups? Une nourriture insuffisante? Et que selon eux "ça s'est amélioré", c'est simple, "il y en a de moins en moins" dit savoureusement un certain Christophe Jean... ce qui signifie qu'il y en a TOUJOURS, c'est juste comme la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Et des coups, même moins "fréquents", ce sont toujours des coups pour celui qui les reçoit. Ce ne sont pas des incidents mais de la maltraitance. Résultat : virée la trublionne qui n'a pas été satisfaite de toutes ces améliorations (on peut ici se demander comment était-ce AVANT ces progrès!) trublionne qui  a violé l'omerta. Elle est défendue par Ralph Blindauer.

Une histoire qui me touche particulièrement à cause de ceci (lien). Proviseur ou faisant fonction d'un LEP, j'ai failli moi aussi me faire virer (en fait, peut-être pas virer mais disons que je me suis bien faite ramasser, et hard! par mes propres collègues) pour avoir investigué sur un cas d'agression sexuelle d'une élève débile légère (j'étais seule lorsque cela s'est passé) au lieu de la renvoyer à ses serpillières et balais avec un bonbon comme je l'eusse dû, [elle ne se serait pas plainte davantage et d'ailleurs avait atterri dans mon bureau terrorisée, ayant peur de se faire admonester, entraînée et soutenue par deux copines].. je me suis faite ramasser donc ensuite par des collègues qui avaient peur devant le scandale de voir leur note administrative baissée, que le bahut soit pointé du doigt, conforté dans son image déplorable (méritée) et ses dysfonctionnements catastrophiques révélés dans toutes leurs conséquences possibles (pas de pions même entre midi et deux heures où il n'y a pas de cours, donc pas d'adultes pour surveiller un campus immense par endroit désert où n'importe qui pouvait entrer et sortir sans contrôle). La gamine avait suivi un gus qui lui avait demandé de lui indiquer la salle de dessin indus, complètement isolée au dernier étage etc.. Chance : grâce au trombinoscope elle l'a reconnu en 10 mn, c'était un TUC donc un "extérieur", relativement, ouf.

Moi aussi comme Maryse Dhainaut ai été accusée de m'être emballée, d'avoir déclenché une lourde "procédure" sans objet (enfin, peut-être sans objet!!) avant une réunion qui s'imposait.. et au cours de laquelle à tout coups on aurait décidé qu'il était urgent d'attendre. Une excitée en somme venue de Paris, une emmerdeuse qui avait fait courir un risque.. au bahut, qui avait osé croire ou entendre longuement la parole d'une élève un peu "short" sans "vérification" (mais justement, c'était pour vérifier, et elle était parfaitement crédible car ces enfants ne mentent pas ou s'ils essaient, leur maladresse est telle que l'on s'en aperçoit immédiatement.) Chance oui, parce que la gamine, plus solide qu'on ne pouvait croire, (je l'avais bien briefée "ce n'est pas toi qui es responsable mais lui, tu as eu raison de parler, comme ça il ne le fera plus" etc).. elle ne céda pas malgré les pressions a minima exercées sur elle le lendemain, ("tu es sûre?".. "tu ne l'avais pas fréquenté avant?".. "Il te plaisait bien, non?") ni sa mère, et surtout parce que l'incriminé avoua immédiatement.. Dans le cas inverse, je n'ose imaginer ce qui serait advenu. Rigolo : il me fut reproché par exemple une "ingérence" dans la vie intime de l'élève, (je lui avais demandé la date de ses dernières règles, pas de bol, c'était 15 jours avant) c'est évidemment la première chose à laquelle on pense.

vendredi 26 octobre 2012

A propos d'Alma, la tueuse guatémaltèque dont la vidéo fait le buzz. Bourreaux et victimes, un couple fusionnel


 
 Malsain, les lamentations d’une tueuse.. qui le plus souvent semble surtout se plaindre sur elle-même. En faire une icône peut aussi susciter des émules! Il reste que le documentaire a le mérite d’examiner les relations spéciales et effarantes entre bourreaux et victimes en période de guerre, dans les groupes (même militants), l’un devenant l’autre (parfois c’est le syndrome de Stockholm) où le bourreau exige une participation de ses victimes (ici pour Alma, volontaire donc elle n'est pas une "vraie" victime au départ), comme un gage, une sorte de bizutage pour l’admettre dans le clan... ou simplement, dans le cas des victimes involontaires, pour lui laisser la vie sauve sous conditions (argent, dénonciation de copains etc..) 

Par exemple dans les groupes de combattants kurdes ou dans les commandos spéciaux de l’armée turque, on a des personnages "démobilisés" qui ressemblent à Alma. Un univers totalitaire des deux côtés dont personne ne sort indemne. Lien avec le "cas léna".

Car dans ces groupes militants (guérillero) que je ne citerai pas, ou dans d’autres opposés, il y a de la même façon obligation pour les "nouveaux" de regarder (au départ seulement regarder) des scènes de tortures et d’exécution... puis, petit à petit, cela devient de plus en plus "actif", on demande une aide, au départ simplement matérielle (amener les victimes, les "préparer", nettoyer les dégâts) et enfin de tuer eux-mêmes, toujours sur la base qu’il s’agit d’ "ennemis" ; ainsi les bourreaux (les officiels, militants, soldats, ceux qui tiennent à une image d'eux-mêmes assez propre voire romanesque) s’assurent-ils de ne pas être dénoncés (les "bleus" sont "mouillés"), c'est aussi efficace que la terreur de représailles. 

Le cercle est bouclé: les pseudos victimes (les impétrants ou les bleus souvent involontaires) sont devenues bourreaux, parfois plus hard encore que leurs recruteurs-modèles. Elles se tairont. Un autre "truc" consiste à recruter contre leurs "frères" des "soldats" qui vont jouer le rôle de kapo-bourreaux, des kurdes contre les maquis indépendentistes par exemple ou des femmes lorsqu'il s'agit de violer d'autres femmes.

Mais il ne faut pas mettre au même plan les pseudos victimes que sont des gens comme Alma qui savait à peu près où elle allait, et les victimes réelles .. même s’il peut arriver aussi que celles-ci elles mêmes puissent finir par devenir également bourreaux (par exemple dans le cas des enfants kidnappés par des pédophiles qui ensuite, bien plus tard, une fois adultes, deviennent recruteurs ou eux-mêmes pédophiles. Il reste qu’Alma a "choisi", du moins à demi (son enfance est une explication mais non une justification) : pas les racketés-torturés-ou paysans assassinés. 
 
La présenter avec une telle empathie est malvenu car il est probable qu’elle n’a dû sa survie, fût-elle infirme, qu’à une habileté remarquable.. et manipulatrice (tendance que l’on retrouve par exemple chez le héros de "Noces kurdes" (lien avec des extraits du livre) capable d’être tour à tour serviable, aimable, généreux, disert et bouleversant, tirant des larmes au plus endurci... et en même temps -ou parfois seulement- de calculer ses didascalies pour exploiter au mieux son public).. oui, il est probable qu’elle ne dit pas tout, mettant sa "mama" dans la sauce juste après une confession particulièrement atroce pour la faire passer; et la présenter en héroïne est quasi insultant pour ses victimes et dramatique pour la société. Elle est peut-être sincère malgré tout par moments... sur fond de cynisme masqué ou affiché juste ce qu’il faut pour tenir son auditoire en haleine au mieux de ses intérêts. 

On a de tels personnages parmi les "démobilisés" ayant connu la drogue (dans ces groupes militaires et militarisés, elle est la règle avant les combats) et d'abominables "faits d’armes", attachants voire fascinants ET sordides la fois dont il faut toujours se défier : après "ça" pensent-ils confusément, et en un sens c'est vrai, rien, aucun geste le plus horrible ou abject qui soit ne leur semble exclu, ne leur paraît très grave, un mélange d'innocence et de machiavélisme (cf Noces kurdes, une expérience tragique et angoissante  -lien-) 

dimanche 14 octobre 2012

Le cerveau des mâles fait de l'auto allumage

  (lien)



 Éloge de la grossièreté
Les hommes semblent pécher par défaut d’adaptation ou de souplesse devant des situations inattendues, mais d’eux seuls. Psycho-rigides, archétypiques, avec les femmes ils persistent dans des comportements qui peut-être autrefois ou en d’autres circonstances furent adaptés (?) sans s’apercevoir de leur grotesque, et du malaise ou de l’exaspération qu’ils suscitent. De l’auto allumage : contact coupé, la voiture continue sa route fonçant vers le ravin. Machisme? Pas tout à fait, un machisme par défaut, en pochoir, de posture et non de fond qui se dit féminisme. Et les femmes, refusant de se positionner haut et sec, attitude peu féminine et inconvenante, les confortant dans leurs dérives, sont aussi responsables : même s’il éprouve pour elle admiration ou amour, un mâle agit souvent vis-à-vis d’une femme comme s’il était un cadeau, quel que soit le décalage en sa défaveur de leurs situations.. que, sans souci de cohérence, il peut pourtant souligner –parfois c’est l’évidence. Trois cas, le premier, désopilant.
Un homme sans surface intellectuelle ni allure ne se gênera pas pour expliquer à une agrégée de philo plus jeune -et courtisée, qu’il estime fort dit-il- ce qu’elle doit penser, la coupant net si elle révoque poliment ses assertions.. puis, sans mesurer son saisissement, lui avouera tout de go.. un amour aussi stupéfiant que déplacé [marié, il a 25 ans de plus] et en même temps qu’il n’est pourtant pas question (sic) qu’il quitte sa femme, il se doit de l’en prévenir «honnêtement» (!!) Un autre, bien qu’il prétende lui aussi l’admirer poussera l’aplomb jusqu’à lui exposer Platon qu’il n’a pas lu [elle, si] ou brocarder une position [la sienne] sur un sujet dont elle est spécialiste, certes il l’ignore [elle n’en a jamais fait mention], mais lorsque exaspérée, elle l’en informe, persistera et signera comme si de rien n’était: tout se passe comme si de manière adhérente, il ne pouvait littéralement voir en elle qu’une étudiante obtuse à instruire, alors que par ailleurs il salue, requiert et sait fort bien faire profit de ses compétences.. qu’il dénie. Un autre, désireux de la revoir, une fois en place, fera mine que ce soit elle qui l’ait sollicité pour exiger quelque prestation imprévue. Cette incohérence crispante et touchante! on ne doit pas la supporter : elle est subtilement mortifère. Il faut désapprendre les conventions et savoir si nécessaire dire «ta gueule vieux con».. et ça va mieux.

lundi 1 octobre 2012

Racisme, à Besançon, contre... "les rouges du Midi".. Politiquement incorrect.

Cet article est doublé ici (lien) car il correspond en fait à l'origine ou à une des origines du blog (lien) sur le génocide des roms. Il s'agit du racisme subi trois mois seulement par une jeune fille "bien sous tout rapport" selon la loi pérenne inscrite dans les cieux de la sottise humaine. Il faut seulement pour eux élever cette histoire à la puissance "n". Cette jeune fille, c'était moi.


"Les rouges et les noirs" ou naissance d'une délinquante



Un établissement public, le Lycée Pasteur, où je fus scolarisée en 6ième, à 10 ans soit un an de moins que la plupart [ce qui en cas de bagarre n'arrange rien.] Où la première question que l'on posait aux nouvelles -sans agressivité au départ- était "es-tu catholique; juive?" et en cas de réponse négative "alors protestante?" -Parfois pas dans cet ordre-. Force me fut d'avouer que je n'étais rien de tout ça. Mauvais. Car en principe, à la suite du QCM, venait "Communiste?" Pas davantage mais ça compliquait et finalement "rouge" et "fille de rouge du Midi" fut la funeste étiquette qui me fut accolée. Un accent que "l'o' n'comprend" pas, le pire étant qu'au début moi non plus ne les comprenais pas et parfois cela valait mieux. Ainsi les gens du midi étaient-ils "sal'fê'nâtbêtroug c'stignar'k'ôlêêcprâ" ce qui décodé signifie "sales, fainéants, rouges, bêtes, communistes et on ne les comprend pas".

Un bahut public mais où régnait en maître le curé qui, tel un prof privilégié, avait "sa" propre salle pour le "caté", avec une chapelle où les filles allaient prier avant les compo. Avec un cierge parfois. Lock out au moment des communions quand par ailleurs les absences étaient contrôlées sans indulgence, si on n'était pas concernées tant pis. Où les débats alors tournaient tous autour de la robe, les riches optant pour l'aube plus chic, les autres ressortant des fanfreluches usées. 


Un harcèlement donc, des "moqueries" ou plutôt sarcasmes et cruautés assez peu variés mais constants; jamais les porfs (je laisse) toutes du cru en 6ième -pas le top- ne me défendirent, au contraire, l'une renchérissait en me reprochant ma "vanité" (c'm'tl'gens'd'm'dihaha) et celle de lettres exigeait que je "parle enfin comme tout le monde (!)" ce qui donnait: "m'zlrvév' d'vâpr'dr'vsex prim'cmtôlmôd s'q'vs' rêrt'jz' rer'c'tiô" ou en français "Mademoiselle Larrivé, vous devez apprendre à vous exprimer comme tout le monde sans quoi vous aurez toujours zéro". Je perdis donc à demi mon accent pour en emprunter, c'est le mot, un autre plus discutable qui parfois ressurgit encore en cas de colère. [Question: Bérénice ou Titus qui s'exprimaient en latin ou en grec le parlaient-ils avec l'accent franc-comtois plutôt qu'avec celui du Midi lent et articulé?!] Lorsqu'on nous demanda ce que l'on voulait "faire" plus tard et que je répondis naïvement "écrire des livres" son rire fut suivi de bon cœur par l'ensemble,"une q' savait mêm' p'parler cr'ect'mêênt. N' ôr'tout vu." C'est alors que furent rajoutées à la liste de mes tares l'arrogance et la vantardise bien connues des "miens".

 A la cantine, j'étais censée manger "mal", qu'est-ce à dire, les coudes sur la table ? Ou les mains mal positionnées? Je ne me souviens plus, mal en tout cas. La chef de table veillait, toujours derrière moi. D'autre part, comme j'étais vouée à l'enfer, cela n'avait guère d'importance. Dans les rangs, "on" s'ingéniait à imiter l'accent que je n'avais presque plus et les rires fusaient dès que j'arrivais. Toutes n'étaient pas au diapason certes mais aucune n'osait s'opposer aux réalisatrices-actrices de la pièce, souvent des anciennes. Pénétrer au lycée le matin me nouait l'estomac. Ma seule "amie", Agnès, était juive -encore m'évitait-elle lorsque ça allait trop mal-. Je n'en parlai jamais à mes parents ni à quiconque, j'avais honte. Honte pour eux aussi, toujours mis dans la charrette des charges. ("Fille de rouge.")

Jusqu'au jour J où je ne m'explique toujours pas ce qui s'est passé. Ce ne fut pas pire que les autres fois pourtant. On était en rang dans la cour -pavée!- on attendait la cloche et les pions pour entrer. Dans une autre file -des quatrièmes, 14 ans !- une fille me jeta une insulte habituelle, je ne me rappelle même plus laquelle, imitant grotesquement comme d'hab l'accent du midi, genre "tu t'es lavée aujourd'hui exceptionnellement" sans doute, rien de sûr, ou encore "ton pap' a encore chié un article hier?" impossible de me souvenir, la suite ayant tout occulté de ce détail. 

Ce fut le signal de la mise à feu. Avec le recul, j'ai l'impression d'être littéralement sortie de mon corps, j'ai bondi comme un fauve à l'attaque, l'ai envoyée à terre d'un seul coup et du même mouvement frappée de toutes mes forces à coups de pieds au visage, aux côtes puis me suis rabattue sur le dos et le postérieur -elle s'était mise en boule- sans la laisser se relever. Ce fut si soudain et imprévisible que personne n'intervint, tous devaient être tétanisés. Des hurlements cependant et enfin deux pions me ceinturèrent, il en fallut deux et me conduisirent manu militari dans le bureau de la proviseure. J'étais calmée, aussi stupéfaite que tous de cette "autre" qui venait de surgir de moi.. et en un éclair terrasser un tel monument.

La Proviseure! Un bureau de ministre, une belle femme glacée aux cheveux blancs avant que ce ne fût à la mode qui par chance s'appelait Dreyfus. "Expliquez-vous mais je vous préviens, n'ayez aucune indulgence à espérer". Et je m'expliquai. Calme, enfin libérée de ce que je subissais sans riposter ni rien en dire, tout y passa y compris les profs, certaines pionnes, la cantine où je ne pouvais rien avaler.. Pendant ce temps, sans même daigner me regarder, elle feuilletait mon livret.. Puis elle leva les yeux, son mépris devenu perplexité. Et lorsque ma victime entra, le fin visage lisse marqua une certaine émotion ; sans rire, à nouveau penchée sur le livret, elle s'enquit "êtes-vous bonne en gym?" Non, pas du tout. A nouveau, un regard vers la fille puis vers moi, un sourcil levé et un quart de sourire tout de même tant l'image était cocasse de ces deux gamines dont l'une était déjà une femme corpulente et l'autre une enfant. 


Et elle la questionna. Celle-ci eut l'honnêteté -ou la naïveté- de reconnaitre les faits -elle ne pensait pas avoir péché puisque tout le monde agissait ainsi- et même en rajouta que j'avais omis, un tel humour ne pouvant sans doute que lui attirer la sympathie de la proviseure*. Un imperceptible froncement de sourcils agacé, elle la coupa sèchement et nous fûmes congédiées. Au fond, l'enquête avait été rapide, nos versions concordaient.
Le verdict tomba le lendemain après une longue entrevue avec mes parents, j'étais renvoyée 3 jours (quelle joie!), rayée du tableau d'honneur (!) ma réintégration étant conditionnée à l'excellence de résultats qui en ce trimestre n'étaient pas ceux attendus. OK, si ce n'était que cela.. Je devais aussi reconnaitre ma faute ce que je fis volontiers car c'en était une et de taille.

J'étais le héros du jour. Toutes les filles assurèrent avoir été écœurées par ce qui m'était infligé. Écœurées, mais en silence. Elles avaient eu peur de se défausser de l'ensemble qui en fait n'était peut-être pas consensuel -mais tonitruant- et de subir en rétorsion le même sort. Une vocation de chef de gang était née mais nous quittâmes Besançon peu après (lien). Ma victime fut amère devant l'injustice subie et en un sens elle n'avait pas tort, elle avait payé pour tous, je l'avais amochée sans aucune réelle sanction au contraire, ayant probablement "bénéficié" de la situation, d'un "casier" vierge, de la comique image de David et Goliath que nous offrions et du fait que j'avais le profil d'un futur poulain de prépa. Qui sait si je ne ferai pas un jour honneur au bahut? La proviseure était-elle lectrice de mon -beau mec- de père? Ou seulement juste, on ne s'appelle pas Dreyfus comme Dupont?

Et les deux profs qui elles aussi et plus que les élèves étaient responsables et que j'avais pointées? Idem, elles suivirent le mouvement sans broncher et, accent ou pas accent, j'eus par la suite de bonnes notes même en français-latin et histoire, ce fut sans chichis, je passai à 19 et 16 la même semaine (!) Politiquement incorrect, vous dis-je. Quant à la cantine, que je tinsse ma fourchette de la main droite ou gauche n'avait plus la moindre importance. J'eusse craché par terre, personne n'eût relevé.

50 ans après je n'ai rien oublié. Depuis ce temps, je sais qu'il est facile de devenir délinquant et qu'au bout du racisme, il n'y a parfois que les poings comme arguments.. et surtout que l'on peut facilement tuer, n'importe qui le peut même une enfant d'instit bien sous tout rapport. Si on ne me l'avait pas arrachée, l'aurais-je fait, du moins si j'en avais eu la force -et, mystère, je l'avais-? Le fait est que cette tueuse surgie de moi visait avec une sorte de joie sauvage d'animal déchaîné, d'instinct là où un coup peut occire, tête, plexus solaire, nuque -après l'improbable avantage de l'effet de surprise, voulais-je la mettre définitivement "out" avant qu'elle ne se relève? Non, je ne "pensais" plus, c'était mon corps qui pensait à ma place-. Un état d'amok? Sans doute. Le racisme, c'est cela. 

*Les agresseurs racistes n'ayant en principe aucune conscience de ce qu'ils ont fait manifestent souvent une parfaite sérénité devant Dieu -ici le Proviseur- et les hommes sans songer à nier, plutôt fiers de leurs actes de bravoure contre de "beaucoup plus forts" même s'il s'agit de femmes et d'enfants [cf les riverains qui ont attaqué des familles roms à Marseille (lien) paradant devant les caméras de télé.] Une observation : que se serait-il passé si Dreyfus avait ri ou renchéri aux insultes benoîtement avouées par ma "victime", ces bonnes blagues qu'musaient t'l'mônd'? Sans doute en effet toutes les conditions eussent-elles alors été réunies pour que je devinsse vraiment délinquante. Voire tueuse. Et cela, c'est ce que subissent les roms depuis toujours (lien). 

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Hypothèse: Besançon, et la Franche-comté 
carrefour acculturé de deux mondes

La haine qui couvait en adhérence ici contre les basanés, les gens du sud, les métèques et les athées ne provenait-elle pas de l'identité historique incertaine des bisontins rattachés à l'empire espagnol de Charles-Quint, puis à l'empire germanique de son successeur et tardivement à la France.. comme si en cette ville-pierre angulaire de deux empires, deux cultures l'Espagne toute puissante et la Germanie combattaient encore en archétypes? Le désir obsessionnel -et hostile- devant tout nouveau venu [dans une cité qui pourtant ne connut pas de guerres de religion] de le situer dans un camp ou dans un autre, catholique ou protestant, du Sud ou Germain serait-il relié au passé? Accent, patois, la "culture" franc-comtoise affichait obstinément avec fierté des valeurs controuvées -voire démenties par la réalité- dites "germaniques" [travail, fiabilité, courage, sérieux, hygiène, ponctualité, self-contrôle, modération, foi, discrétion, ordre, obéissance, délicatesse, intellectualité, esthétique*] opposées à tous les péchés du sud en clichés [nonchalance ou paresse, défaut de parole, pleutrerie, superficialité, saleté, procrastination et versatilité, comédies, laisser-aller verbal, apostasie ou hérésie, hâblerie, désordre, libertarisme, vulgarité, ignorance brute, inesthétisme] formant ici la superstructure cocasse et mortifère dont je fis les frais. Un indice, dans ce lycée -fait rare- la première langue était celle de Goethe -même pour des médiocres- et quiconque optait pour l'anglais était un out sider mis à l'index.  
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* En italique, celles qui d'après mon expérience relativement brève et perso me sont apparues non seulement controuvées mais inversées, la première étant l'hygiène, semblait-il alors assez sommaire, du moins dans le HLM où vous vivions, au lycée et à l'école où ma mère enseignait. Le froid peut l'expliquer -les enfants, selon les mamans qui le soulignaient avec une naïve fierté "prenaient bien leur douche tous les samedi".. de même que c'était ce jour-là que leur linge de corps (culotte, sous-pull) était changé.- C'était en 58. Par la suite, à Marseille, ce n'était pas seulement le linge qui était changé tous les soirs et la douche qui suivait -comme nous pratiquions en Cévennes- mais le plus souvent toute la maison, sols, cuisines quotidiennement lessivés à fond -ce que nous ne faisions pas-. Je ne sentis jamais d'odeur désagréable dans les couloirs des immeubles, ce n'était pas le cas à Besançon.
Autre valeur controuvée, l'esthétique. Reliée à la possible déficience hygiénique? Peut-être, mais l'obésité, déjà, chez les enfants, mal cachée par des vêtements parfois inadéquats, ainsi que l'état dentaire et des cheveux assez médiocre marquaient souvent tristement allure et visage. 
Quant à la "discrétion", au self-contrôle et à la "culture", toute l'histoire montre que, en ce cas du moins, ces valeurs étaient comiquement démenties par les accusations elles-mêmes, à la manière de César (Pagnol) qui, lorsque Escartefigues lui reproche ses colères, éclate en une célèbre tirade, furieux, scandalisé par une telle "contre-vérité" (!) "Co-lé-ri-que, MOI?"

samedi 8 septembre 2012

Les soeurs Brontë, 3 mortes de maltraitance .. et puis rien !


Le sait-on ? Les deux aînées de sœurs Brontë, qui faisait partie de la petite bourgeoisie impécunieuse mais cultivée, sont mortes de tuberculose en raison de mauvais traitements dans le pensionnat où elles avait été acceptées gratuitement (comme "élèves de charité", qui devaient porter un uniforme particulier..) dans ce pensionnat où les conditions d'existence confinaient à de la torture, des épidémies décimaient les élèves (typhus ou maladies pulmonaires) dans l'indifférence générale. J'en dirais presqu'autant de l'école normale où j'ai été interne un an.

mercredi 22 août 2012

"Chaque fois que ça m'arrive (de ne pas penser comme tous), je me retrouve à l'hôpital"..

 

"Chaque fois que vous vous trouvez du côté de la majorité, il est temps de vous arrêter et de réfléchir!"
Version "hard" d'Esterson ("L'équilibre mental, la folie et la famille".) Le médecin à Ruth, une "malade" guérie qui déplore cependant de ne pas toujours parvenir à penser comme tout le monde: "Mais pourquoi croyez-vous que vous ne devez pas penser autrement que comme tous?" Ruth : "Je ne sais pas, mais chaque fois que ça m'arrive, je me retrouve à l'hôpital psychiatrique."

lundi 20 août 2012

Le syndrome de Stockholm "étendu", le cas Adèle ou le sacrifice d'Iphigénie

LE CAS ADÈLE (ET LENA)

In english, abstract, here (link)

Note : une lectrice me fait remarquer que le syndrome de Stockholm est à la base de toute la société et permet en effet que "les gens se battent pour leur esclavage comme s'il s'agissait de leur liberté" (Spinoza). Cela se voit à tous les niveaux, parfois simplement par une passivité étonnante devant des dols aussi évidents que lourds de conséquences (lien avec le cas "Jacky"). Le fait est que le "caterpilleur", droit sur son engin, viril mais -faussement- serviable, il vous arrache trois accols mais vous "offre" un chemin -qui existait déjà!- semble inexpugnable et parfois fascine.

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LES AGRESSEURS SEXUELS 
ET LEURS KAPOS, LE CAS ADÈLE
(Extrait d'un article de "Femmes avenir", lien) 

[Il s'agit de maltraitance sexuelle intra familiale..]


... Il arrive que ceux ou celles ayant subi -ou été témoins- dans leur enfance d'actes gravissimes pratiquent un déni qui va jusqu'à la solidarité pleine et entière envers le doleur, puis, dans la foulée envers tous au point extrême D'ÉREINTER A PRIORI TOUTES LES VICTIMES, telles les femmes battues agonissant les féministes qui les défendent, elles et d'autres. C'est le syndrome de Stockholm, déroutant mais fréquent lorsque l'agresseur, un proche -c'est la majorité des cas- demeure malgré tout aimé. La "loyauté" envers un être cher même de ce type devient traîtrise envers soi, envers ses autres victimes et ensuite envers toutes. Exemple.


 Léna 

Léna [milieu petit-bourgeois intello] a subi à 16 ans une agression sexuelle de la part d'un proche, pas un viol, unique et jamais réitérée, un quart d'heure de folie ou de fureur inexplicables dans la vie exemplaire d'un parfait qui se termina à 95 ans, insoupçonnable et apprécié de tous. Pas vraiment soutenue cependant -on l'a faite taire- elle en garde quelques séquelles. Elle est comme forgée par ce drame et lors de stress, "cela" revient confusément mais comme souvent les agressés sexuels rescapés, elle fait preuve d'une force hors-norme associée à une certaine fragilité.

Elle n'en a ensuite plus jamais parlé, même pas à son psy, s'efforçant d'oublier et a oublié. Pas tout à fait pourtant et c'est pire, cela existe en elle comme toile de fond, l'émotion a pris le relai du logos, et elle réagit parfois démesurément même dans des situations anodines. A la faveur d'un événement sans rapport, longtemps après, "cela" est revenu mais cette fois avec une telle force qu'elle a enfin fait son "coming out". Encore avait-elle brièvement mentionné autrefois l' "anecdote" en l'édulcorant, une seule fois, à son compagnon, comme on avoue un crime à qui se propose de partager votre vie, ayant croyait-elle, surmonté le bouleversement qu'un tel acte même unique et "a minima" génère à vie.. 

Elle parle donc mais cette fois ouvertement, publiquement, d'abord à des groupes de femmes, ensuite à des amis en nombre ahuris, et enfin à un très proche, David. Elle tente même d'exiger de son agresseur âgé une explication écrite -elle n'a pas le courage de l'affronter de face- il est auteur.. et n'obtient que 10 pages qui éludent habilement, -à demi car il ne nie pas- la question pour s'attacher à des détails sans intérêt. Elle n'a pas la force d'en exiger davantage.. 


David, l'aveu et le résultat

Mais à David, son frère putatif, elle écrit. Non pas pour dénoncer a priori son agresseur mais seulement, au sujet d'une vague dispute qui les a opposés, pour expliquer sa violence, pour se faire pardonner en quelque sorte. Il est un fait que les agressés sexuels ont souvent des réactions hard inattendues qu'ils ne peuvent expliquer aux autres qu'en faisant mention de leur équation personnelle, ce qui est la plupart du temps impossible.. et qui les isole davantage; une de leurs séquelles et non des moindres. 

Le résultat est immédiat, UNE LETTRE D'INSULTES, notons le, nullement au sujet de la dispute [le seul sujet] mais seulement de cet aveu sur lequel il s'appuie pour la démolir davantage. Il se sert donc contre elle de cette douloureuse confession pour enfoncer encore le clou qu'elle a imprudemment planté: elle est une "semeuse de merde jalouse et aigrie par une vie affective anéantie -elle vient de divorcer- reliée à son détestable caractère, elle ignore tout de ce qu'est l'Amour et ne l'a jamais connu etc etc.." 3 pages maladroites parsemées de curieuses majuscules, suintant d'une inextinguible haine; elle rompt sans même exiger d'explications. Les agressés sexuels ont une bonne résistance aux rebuffades mais, se sachant vulnérables, ils choisissent souvent la fuite sans retour, une résistance par le vide.. Témoignant parfois d'une indifférence voire d'un cynisme qui les fait méjuger, ils peuvent aussi s'effondrer d'un coup... Sachant d'expérience que les choses ne sont pas ce qu'elles sont censées être dans les discours -notamment scolaires-, isolés ou se croyant tels, plus lucides que d'autres, ils tendent à obérer leurs affects, des "forts" croit-on, c'est vrai, mais forts parce que fragiles. Bref, elle n'y songe plus. Le trait est tiré sur le chapitre-David.

4 ans plus tard, coup de théâtre, à la suite d'un décès qui les a obligés à se revoir, à l'occasion d'une réflexion de celui-ci ["pourquoi ne m'as-tu pas appelé lorsque tu as trouvé ton père mort?".. "Après ce que tu m'as écrit, tu plaisantes?"] elle apprend qu'il ignore tout de la lettre... qui provient, non de lui qui pourtant l'a "signée" mais de sa femme.. qui a signé pour lui -une double signature-... et que de surcroît il n'a jamais eu celle de Léna -adressée à lui seul- escamotée par Adèle.. Elle lui avait seulement dit que Léna lui avait écrit" [à elle] et aussi surprenant que cela paraisse, il n'avait demandé ni à lire ni n'avait interrogé Léna sur ce qui avait apparemment mis Adèle en colère. [Travailleur acharné, il enchaînait à l'époque
sans un instant de répit plusieurs travaux pénibles, constructions, mécanique.. et Léna idem, dans un autre domaine. Une famille où on parle peu et ne médit jamais, une erreur.]
 
Adèle, un kaléidoscope

Adèle est un cas. Issue d'une famille immigrée culturellement défavorisée dont, intelligente et ambitieuse, elle est une rescapée, chaleureuse, "nature", mais sans états d'âmes, elle est, malgré son aimable allure, un kaléidoscope, à la fois candide et retorse, directe, brute de décoffrage et insinuante, généreuse, indéfectiblement loyale envers certains et impitoyable envers d'autres. Or, il se trouve qu'une rumeur persistante parle d'un inceste entre son père et sa sœur aînée qui, mise à la porte lorsqu'elle se trouva enceinte (!) disparut alors nuit et brouillard avec le bébé. Adèle a toujours occulté cet épisode -bien que son milieu ait rendu le drame plus ou moins public-; la seule fois où elle évoqua allusivement le sujet, [sans la moindre mention de l'épisode du viol même pour le nier] ce fut fortement à charge contre sa sœur, une écervelée, le mot "traînée" étant largement sous entendu, qui avait eu des "problèmes" (?!), était partie au grand désespoir de tous et qu'on ne parvenait pas à retrouver, pas plus que la petite Anita abandonnée à la DDASS, ce qui peinait tant sa mère etc etc... [ce dernier point s'avéra aussitôt une contre-vérité: Léna entreprit tout de suite de la retrouver, y parvint facilement -de son côté la petite cherchait désespérément sa mère- sans autre résultat qu'un rejet sans appel; elle avait 12 ans, fuguait sans cesse, son mal-être était poignant mais les grand-parents qui en fait n'avaient jamais bougé, lorsqu'il fut question d'une simple visite de retrouvailles de l'enfant, se trouvèrent soudain des obligations urgentes ailleurs.. et on n'en parla plus.. 5 ans, le temps passe vite!]


Anita, Iphigénie 

Mais voilà qu'à 17 ans, la jeune fille surgit telle une Parque des Enfers. La DDASS cette fois l'avait imposé, plus moyen de se défiler. [Selon l'indécente inversion des responsabilités dont elle avait le don, Adèle protesta fort contre la terrible incompétence de l'administration, un scandale, "ils" les obligeaient à reprendre -en fait seulement à revoir- une gamine qu'"ils" avaient abandonnée (!) "bousillée" etc..] Et son témoignage à charge contre son grand-père et père disait-elle fut accablant, elle assurait même avoir été témoin de ses relations avec sa mère, bien après qu'elle fût chassée [il la voyait en cachette.] Pire, elle affirma ensuite qu'au cours de ses rares visites, il avait tenté envers elle aussi des gestes non équivoques (!) Un détail tendait à corroborer au moins sa paternité, elle était son clone. Pour le reste, comme toujours en cas, il n'y avait que sa parole.

Les liaisons dangereuses
 
Adèle avait donc signé à la place de David et Léna avait réagi comme prévu par une rupture en silence, un coup bien calculé de la part de qui savait comment réagissent les agressés sexuels intrafamiliaux. Ici, Adèle est un syndrome de Stockholm par procuration : elle fait corps non seulement avec un doleur jamais incriminé mais a priori avec TOUS, fustigeant toutes leurs victimes. Elle prend par principe définitivement le parti du bourreau contre sa proie, y compris, comme les syndromes de Stockholm, lorsqu'elle est cette proie et plus encore s'il s'agit d'une autre. Des bénéfices secondaires? Pas toujours, si ce n'est ici de faire taire les bruits persistants sur sa lignée [et sur elle] et de présenter l'image convenue obsessionnellement appétée d'une respectable bourgeoise au moralisme sans faille. Mais parfois, les anti-bénéfices montrent qu'un syndrome de Stockholm n'est pas opportuniste ou plus exactement opportuniste à rebours de ses intérêts. Pour lui, une injustice vaut mieux qu'un désordre : c'est un manipulé qui manipule, un tueur sans gages plus dur encore que son maître envers ses victimes devenues siennes

Dimitri

Le fils de Léna qui trouva par hasard la lettre pleine d'épluchures prête à partir à la poubelle, étonné d'y voir le nom de sa mère, la lut à voix haute et s'amusa à la prendre à rebours. "Mais elle t'adore" s'exclama-t-il en rigolant. Résultat stupéfiant en effet: Léna qui n'avait pas eu le courage de poursuivre jusqu'au bout éclata elle aussi de rire. C'était un transfert presque parfait, une inversion totale des deux personnages. Adèle était Léna et faisait endosser à celle-ci son propre personnage. La fustigeant cruellement sur quelques points de détails.. qui avaient la particularité de lui être applicables et pas à sa victime, elle parlait donc d'elle-même, avec quelques envolées saugrenues hors-sujet: "Nous Nous Aimons Sincèrement plus que Tout et sans Aucune autre motivation que l'Amour, absolument Rien d'autre -disait-elle et faisait-elle dire à David- ce que tu ne peux pas comprendre car tu n'as jamais connu l'Amour.. Nous, nous ne nous Cachons rien, tout dans notre Couple est Limpide comme l'Eau etc..." une profession de foi qui par la suite résonna de manière hilarante. [Or jamais Léna n'avait dit le contraire et cela n'avait rien à voir.] David pouvait-il avoir écrit ceci? Dimitri doutait, Léna pensait qu'il s'agissait d'une œuvre commune mais dans tous les cas, le considérait comme responsable puisqu'il avait signé.

En fait tout le texte, hors sujet, visiblement mitonné pour l'anéantir et mettre un point final à leur relation, était à lire exactement à l'envers.. avec quelques pics cocasses qu'elle n'avait pas lus... Par exemple le couple Adèle-David, incroyablement taiseux, fondé sur d'invraisemblables non-dits, s'opposait à celui de Léna, très parleur, explosif mais hautement transparent ; la perverse c'était Adèle et non Léna, et la jalousie provenait d'elle et non l'inverse etc.. D'autre part, le déni vigoureux et naïf d'une accusation qui ne lui avait jamais été portée était fortement suspect. Le principe du "crayon dans le poche"? [l'enfant qui, déniant avec une précision révélatrice un forfait que personne ne songeait à lui imputer, s'en accuse: "non, je l'ai pas mangé et j'ai pas caché les bouts dans ma poche" s'exclame-t-il par exemple alors que sa mère recompte les pastels qu'il dévore parfois.. et pense que peut-être la boîte était incomplète!] Un syndrome de Stockholm donc, banal quoique compliqué, étendu, quasi obsessionnel.


Le crayon dans la poche

Toute victime qui lève la tête l'offense car elle risque de l'entraîner. Et victime, le syndrome de Stockholm refuse de l'être, refuse même que "cela" puisse exister. Malheur à qui dit le contraire. Si Léna parle publiquement, même d'une agression mineure, créant malgré tout le scandale [pas vraiment mais Adèle vit avec cette obsession] autour du cercle familial nickel que cette alle a intégré au point de ne plus jamais mentionner, tant pour elle que pour son fils, son nom initial ni son origine, elle risque d'attirer l'attention sur son propre cas, sans commune mesure et déjà pointé dans le village. Exit celle par qui le scandale risque d'arriver et par tous les moyens, l'idéal étant de faire porter à David le poids de la charge. Notons que, comme Œdipe, c'est en voulant fuir son destin qu'elle le rencontre: se défaussant d'un seul coup -un revers stupéfiant- du personnage soigneusement ciselé pour un autre, sordide, diamétralement opposé [escamotage de la lettre, signature à la place de David, maladresse et cruauté de l'"argumentaire"..] elle se révélait - 4 ans après certes- : oui, c'était bien le symptôme du crayon dans la poche. Oui, isoler David était pour elle fondamental, pour ne pas "déchoir" à ses yeux; et Léna sur ce point représentait un danger majeur. Encore une fois, ce n'était pas le cas, et c'est justement son obsession qui la conduisit vers ce qu'elle redoutait le plus. 4 ans après. Adèle est au fond touchante : elle vit sur un fil, au bord d'un gouffre -comme les agressés sexuels- et pour l'éviter, y plonge tête première.



Car Adèle, comme beaucoup de borderlines sociaux désavoués qui se sont élevés avec âpreet talent surjoue son personnage ce qui, contrairement au but poursuivi, la dévoile. Sa candeur aussi. Un syndrome de Stockholm est souvent englué dans des contradictions burlesques -c'est sa situation, folle, qui le rend tel- et ce faisant, il se trahit. Par exemple lorsqu'Anita refusa de retourner dans sa famille [où, avait-elle dit à Léna et à d'autres, son grand-père et père (!) tentait de lui faire subir des attouchements] celle-ci l'admonesta sur le mode de la contre-vérité vertueuse, bouffonne et indécente, faisant ce coup-ci endosser à la jeune fille le rôle de l' "adolescente égoïste qui abandonnait (!) des grand-parents âgés et aimants pour aller picoler avec des drogués".. la tirade s'achevant par un finale indigné bien martelé "on te doit rien, si t'es pas contente, la porte est grande ouverte.." alors que c'est Anita qui, laissée sur le bord du chemin par un clan en cours d'ascension qu'elle gênait s'était logiquement liée à d'autres exclus comme elle soi-disant peu présentables (?) Les syndromes de Stockholm pratiquant déni de la réalité, transfert et vérité inversée sont parfois, comme les schizophrènes dont ils se rapprochent, hilarants d'aplomb, pouvant tout à fait devant un exhibitionniste en pleine action s'exclamer sans broncher "voyez combien il est pudique, je vous l'avais bien dit".. un bourrage de crâne violent, loufoque, destructeur et provocateur.. efficace pourtant parfois. Surtout s'il s'agit d'un enfant, ils peuvent déstabiliser, rendre l'autre littéralement fou. [Il arrive aussi qu'ils fassent peur ou que leur face honorable qui n'est pas tout à fait une pose ou disons une pose actée, profitable au groupe, les préserve de tout affrontement. Des parfaits: c'est ainsi que fut qualifiée Adèle par une psy (!) qui ne voyait qu'un côté d'elle, comme Léna autrefois, parce qu'elle soigna avec un dévouement exemplaire ses parents -mais sans le laisser ignorer!-]



Un jour cependant, il y eut un couac, une réponse cinglante exaspérée de celle-ci devant une charge de trop contre Anita, toujours sur le mode père-noble qui lui était propre ["on sait pas pourquoi cette gamine refuse à toutes forces d'aller chez ses grand-parents; même lorsqu'on y va, elle veut pas venir et rester ici, ça les peine tellement, les pauvres, à leur âge" etc etc..] Ce fut la goutte d'eau. Léna, qui avait accepté, mal, qu'après qu'elle ait cherché et trouvé une enfant "perdue", le résultat fût un rejet [pire encore car cette fois non justifié par la détresse sociale et, pour sa mère, le désir de la protéger] Léna donc, exaspérée, coupa net : "Elle a peut-être ses raisons".. et là, ô stupeur, la réplique d'Adèle claqua immédiatement: "C'est pas vrai!" (!) dévoilant, candide que malgré ses discours torturés hypocritement interrogatifs, elle n'ignorait rien des accusations portées par la jeune fille contre son grand-père. Vraies? fausses?

L'engrenage de la perversion 

Notons que les syndromes de Stockholm, lorsqu'ils sont pervers -et ils le sont presque toujours puisqu'ils épousent fait et cause les dénis des doleurs- tendent à recruter, lançant contre les victimes des piques de plus en plus aiguës jusqu'à ce que le fil casse. Ils tissent leur toile. Avertis, ils sauront jusqu'où ils pourront aller. Léna en fit les frais sans le savoir : étant la seule à pouvoir démentile roman familial [la petite fille engloutie par un système impitoyable de fonctionnaires odieux et incompétents qui avaient refusé de la rendre à une famille démunie incapable de se battre pour faire valoir ses droits etc.. etc..] Léna représentait un danger si elle parlait [elle ne le fit pas]. Elle l'apprit ensuite, Adèle, en public, avait coutume de lancer quelques épigrammes contre elle sur le mode à la fois insidieux, rigolard et "nature" qu'elle affectionnait, y compris auprès de gens qu'elle ne connaissait pas, sous-entendant qu'il fallait se méfier de ses dires ["avec elle on sait bien ce que c'est (?) il faut toujours en prendre et en laisser"..] "menteuse" n'étant pas explicitement formulé mais insinué, sans manquer d'ajouter qu'elle l'aimait beaucoup tout de même. Le fait est pourtant que Léna s'était tue, malgré sa déception et les propos à tiroirs des personnels de la DDASS ["une affaire compliquée.. ne vous attendez pas à des miracles.. il peut y avoir rejet de la part de la petite.. ce n'est pas comme dans les histoires au cinéma.. il y a parfois des éléments qu'on ne maîtrise pas .. il faut que cela passe d'abord par d'autres, pas par les grand-parents" etc.. La mère d'Anita aurait-elle exigé que sa fille ne soit pas mise en relation avec eux? était-ce pour lui demander son accord qu'un délai de 10 jours fut imposé à Léna avant qu'on ne lui indiquât l'endroit où vivait l'enfant? Suivait-elle sa fille de loin? Avait-elle été contactée lorsque la petite les harcela pour la retrouver? Était-ce pour la protéger de ses macs qu'elle n'avait pas donné suitece n'était pas tout à fait clair, vaguement sous-entendu et Léna n'en demanda pas davantage]. "Le crayon dans la poche" encore une fois: il n'était pas nécessaire de prendre de telles précautions pour la décrédibiliser, son silence était acquis... et ce furent justement ces détractions insistantes qui finirent par mettre mal à l'aise des amis qui l'en avertirent. L'un d'entre eux était d'autant plus gêné que c'était Léna qui l'avait mis en relation avec Adèle pour des travaux.  

La vérité et la lâcheté de tous

Anita disait-elle vrai? Il est sûr qu'elle détestait sa famille pour avoir jeté sa mère enceinte à la rue et l'avoir vouée à des errances dramatiques, une famille qui, malgré une remarquable ascension sociale [signe qu'ils étaient loin d'être aussi paumés qu'ils le prétendaient] l'avait sans appel rayée de l'arbre généalogique. Était-elle revenue régler des comptes au couteau avec ceux qui avaient conduit sa mère à la prostitution et elle à la DDASS, rejetée deux fois ? [Léna étant venue la voir dans la famille où elle vivait, tout proche, le mythe de l'enfant perdue arrachée aux siens avait, pour elle du moins, volé en éclats.] 

L'entourage se départageait, la gêne était palpable; ne pas la croire était la solution de facilité : Adèle, posant en porte-fanion haut en couleur de la moralité de tous, y compris de celle des autres pesait son poids tandis que la jeune fille était vouée à repartir à jamais -c'est bien ce qui se passa-, personne parmi ses proches ne semblant la retenir (!) Adèle par ailleurs se comportait parfaitement en tant qu'épouse, bru, nièce; dévouée -mis à part quelques couacs en dessous qu'elle voulait discrets, par exemple la lettre- elle faisait même preuve d'une souplesse d'échine inattendue vis à vis de la chef du clan, la mère de Léna, qui ne l'appréciait guère. [Il est possible que sa tentative -aboutie- de séduction envers Léna ait eu pour but de faire céder la sultane: cela fonctionna, à demi. Notons que c'est après la mort de celle-ci qu'Adèle ne prit plus de gants envers Léna devenue inutile voire dangereuse.. suivie peu après d'une joyeuse garden party dans son jardin jouxtant celui de Léna qui ne perdit rien cette nuit-là des éclats de rire, bruits de verres etc.. Une vengeance par transfert -sur une femme qui notons-le, l'avait soutenue (!) contre celle.. à qui elle était adressée !?- toujours selon le même principe, se venger sur le plus faible. Ou peut-être un défaut d'éducation?]

Revenons à la vérité: un peu de lâcheté sans doute présidait à ces "doutes" au sujet des dires d'Anita; une famille fonctionne comme un corps et de celui-ci Adèle était ou s'affirmait le cœur; prêter foi aux accusations d'Anita eût été destructeur pour cette branche reliée à Adèle. La branche aînée, celle de Léna était embarrassée et fit un moyen terme. Les relations entre les deux lignées se distancièrent ; ce squelette dans le placard, ils ne voulait pas en être responsables mais se positionner trop hard était peut-être injuste: ils ne pouvaient être sûrs de rien [soit, mais ce dont ils étaient sûrs eût dû être suffisant]. Bien que la jeune fille vînt souvent chez eux, s'y sentant bien et vice versa, eux aussi n'en parlèrent presque plus. C'est ainsi que les relations perdurèrent a minima entre les deux branches de la famille y compris envers les parents d'Adèle que petit à petit, celle-ci avait réussi à imposer par le biais de son fils, anniversaires, fêtes etc..

Indices

La parole de l'une contre la parole de l'autre. Is fecit cui prodest. La passion d'Adèle pour le conformisme social, même au prix des divers saccages dont elle avait parsemé sa route la rendait éminemment suspecte; mais la haine d'Anita envers sa famille, également. Certes, Adèle se laissait parfois aller à certaines transformations de la vérité facilement repérables et toujours repérées confinant à de la mythomanie, notons-le, essentiellement pour vanter son fils.. travers dont on souriait avec indulgence.. Mais ne signifiait pas pour autant qu'Anita dise vrai. Le seul fait sûr était le rejet de Sonia, enceinte, sans diplômes [ses parents, malgré l'insistance d'instituteurs* navrés, ayant catégoriquement refusé qu'Adèle -la plus douée disait-elle-, étudiât, il est probable qu'ils en avaient fait autant envers l'aînée] un argument en faveur d'Anita. L'autre -mais il vint après coup- était évidemment la lettre, Adèle, la dévouée pouvait donc se révéler carrément une Merteuil. Tout fut pourtant -à peu près- comme avant! Une précision: ces gens qui se sont tus avaient dans le passé donné des preuves indiscutables de leur engagement et de leur courage (!) 

Conclusion, la loi du plus fort

En cas d'agression sexuelle intra familiale contre un "enfant" -ou un mineur- la disproportion de forces écrasante entre le doleur et la victime fait que le doute profite toujours au plus fort: Anita partit à jamais; Adèle demeura, de plus en plus puissante, utile, sûre d'elle et de ses dénis, ses parents de même, devenus prospères et le roman fut réédité.. Le mythe -cependant démenti- remplaça le réel.  

Pour elle, le danger était écarté.. à condition d'écarter Anita. Ce fut fait. Facile, les agressés partent toujours. Exit Anita, tapis rouge pour le doleur [un homme fruste, analphabète, gros travailleur, impeccable ouvrier, vénérant et vénéré de son patron, généreux, économe et toujours plaisant].. et il n'y eut plus de ça de là que de vagues allusions outrées -mais plus discrètes, du moins devant Léna- à "cette gamine perturbée" devenue "délinquante irrécupérable" [cela aussi était faux et presque une contre-vérité: son charme, sa vivacité, son charisme et son humour attirant autour d'elle une cour d'admirateurs dévoués des deux sexes et ceci jusqu'à sa mort].. cette jeune fille dont à la fin on ne savait plus rien, petit Poucet laissé dans les bois, perdu, mais cette fois définitivement. Mieux vaut socialement avouer [ou plus exactement inventer] une nièce dérangée, droguée et hors-la-loi, ça arrive dans les meilleures familles, qu'un père violeur incestueux. Fin de l'histoire. Léna n'apprit sa mort que longtemps après celle-ci, par hasard. Le sacrifice d'Iphigénie. C'est pour elle que ceci est écrit.

Transfert

Or cette volée contre Anita fut exactement identique à celle que subit Léna lorsqu'elle aussi parla de son cas [dérisoire]. Mais si elle ne fut pas réellement affectée par la lettre, la disproportion de forces jouant ici largement en sa faveur, pour Anita, ce nième rejet l'anéantit: éreintée de toutes parts y compris par sa propre famille retrouvée depuis peu, y compris par une tante innocente qui au lieu de faire tampon, s'alignant devant le plus fort, l'accablait violemment, non défendue ou mal, elle dériva jusqu'à sa fin prévisible, dans l'indifférence complète de toute sa lignée et indirectement de toute une famille d'alliance honorable mais manipulée. 

Les séquelles de viols ou d'agressions sexuelles peuvent perdurer et même s'amplifier très longtemps après y compris chez les enfants des agressés ou maltraités, dégâts collatéraux, surtout s'ils se trouvent confrontés à des syndromes de Stockholm qui les précipitent dans le gouffre. 

Les responsables? Le violeur [ou simple père indigne] évidemment qui ne fut jamais inquiété si ce n'est par la rumeur insistante jamais suivie de dénonciation franche, mais aussi Adèle qui l'aida largement à détruire sa dernière victime. [Mais la jeune fille, le connaissant à peine et n'éprouvant nulle affection pour lui, aguerrie par son passé, sut se défendre mieux que sa mère: elle le dénonça, parla à tous et, après un épisode plus hard où il aurait tenté de la coincer dans un couloir, refusa sans appel de le revoir.] On aurait pu penser que celle-ci ayant réglé ses comptes, d'elle même et en ayant suscité son bras armé, Léna -ensuite liée à un compagnon plus âgé vivant dans les bois par sa profession-, s'en était tirée: par la fuite. Ce ne fut pas le cas.

Une famille modèle -presque- ouvrière, catholique et travailleuse, extrêmement soucieuse d'ascension sociale dont Adèle, bien mariée pour leur plus grande fierté était le fleuron. Une observation : le fait, dans l'enfance d'avoir subi ou seulement été témoin impuissant de violence sexuelles ou autres suffit à faire de l'enfant et même de sa descendance une victime par procuration avec les séquelles souvent identiques ou pires que celles des agressés directs. Cela m'a été signalé par plusieurs lecteurs (de "Secret de famille"), les enfants sont parfois encore plus atteints que les parents. Un agresseur sexuel, violeur [ou seulement père indigne] ne détruit donc pas seulement une victime mais une lignée, fratrie et descendance. [C'est le cas probable du père de Léna -ici, milieu intello-artiste- qui avait vu une de ses sœurs -à laquelle Léna ressemblait- menacer leur jeune beau-père qui tentait de la peloter ou pire.. La jeune fille se maria rapidement peu après, quitta définitivement sa famille et même son pays.. et 40 ans plus tard, le frère-témoin eut ce geste contre.. l'image de sa sœur, sa propre fille. Non, on n'oublie pas.]

Il faut noter que les agresseurs sexuels peuvent ensuite vivre un calvaire, ce fut le cas ici, leur respectabilité étant à la merci de leur victime, d'où une haine renforcée reliée à la peur qu'elle ne parle et la haine réciproque de celle-ci qui peut aussi en jouer. Ou le meurtre dans certains cas. Réel ou symbolique [l'exclusion, comme dans le cas d'Anita]. Ambiance. 

Les sacrifiés

*Beaucoup de parents d'enfants "maltraités sexuellement" [le mot "abusé" est impropre] ou seulement maltraités tendent à leur interdire toute étude ou en règle générale tout ce qui pourrait les renforcer... par désamour ou peut-être par méfiance, au cas improbable où ceux-ci voudraient plus tard les dénoncer afin de les discréditer par avance. La parole d'un agrégé de maths est plus tenue en compte que celle d'une prostituée ou d'un enfant de la DDASS alcoolique, et la candeur, souvent prégnante chez les inéduqués, les rend parfois malhabiles dans leurs propos et dans leurs réactions voire suscite ou renforce le syndrome de Stockholm, plus fréquent et plus grave dit-on chez ceux-ci [ce point, discutable, n'est pas toujours admis]. Enfin, porter plainte leur vient rarement à l'esprit. De fait, malgré sa haine, Anita qui aurait pu le faire ne l'a pas fait. Note: sa mère ne fut jamais retrouvée. 

Adèle, une victime aussi


Manipulatrice mais d'une malhabileté touchante, elle était au fond, et bien plus que Léna [qui elle s'était révoltée efficacement] une victime marquée par un passé incommensurablement plus difficile qu'elle n'avait jamais pu liquider [plus les faits sont effroyables, plus les victimes sont anéanties et plus le syndrome de Stockholm est prégnant, cercle vicieux].. Sympathique "vu du ciel", odieuse "vu de la terre", héroïquement loyale d'un côté, Merteuil de l'autre, comme tous les syndromes de Stockholm, c'est un personnage déchi qui porte lui-même le poids d'un crime qu'il n'a pas commis, un crime contre lui et contre d'autres, n'ayant pas compris qu'il devait choisir son camp quels que soient les dégâts qui risquaient de s'ensuivre, de toutes manières moindres que ceux qu'il occasionne par sa forfaiture [des dégâts contre les doleurs contre des dégâts contre leurs victimes, hélas, il choisit les seconds]. Voilà pourquoi il FAUT parler.. et pourquoi cela est si difficile. Se heurter lorsque l'on parle... à une Adèle côté Merteuil qui ferraille contre vous avec une telle virulence -une victime pourtant et d'une dimension incommensurable- est plus pénible et plus inattendu qu'affronter un doleur armes à la main. C'est souvent le cas: les agresseurs savent jouer de leur force -avec leurs proies-, puis recruter des séides ET des nounous ensuite, longtemps après, arguant alors de leur faiblesse -utilisant l'une contre l'autre ou l'oubli s'ils sont âgés-. Eux aussi sont des Janus.. et parfois, côté jardin, indiscutablement bons types. 

Voilà pourquoi il faut parler, ester. Même 30 ans après. 

Les responsables; un sinistre engrenage 

Question : si Anita avait porté plainte, si Léna le lui avait conseillé [elle ne le fit pas] si elle avait été entendue [quelque soit le résultat] serait-elle toujours en vie? Peut-être. La famille [d'Adèle] eût éclaté sans doute, le père aurait été inquiété, peut-être été condamné, certes des innocents auraient été marqués, mais sa vie en valait la peine. Un gâchis dont les responsables dans l'ordre sont: 
1 le père;
2 la mère fervente catholique qui laissa faire; 
3 Adèle qui accabla une victime, puis une autre; 
4 la DDASS qui confia Anita à de multiples familles sans contrôle;
5 ces familles plus soucieuse de l'argent qu'elle rapportait que d'elle; 
6 l'entourage [le village] qui parla mais ne fit pas de signalement; 
7 la famille d'alliance d'Adèle qui n'osa pas prendre parti;
8 les inégalités sociales vis à vis des immigrés surexploités;
9 la religion catholique mal comprise;
10 la société bourgeoise qui terrorise ses affidés un peu courts;
11 l'éducation nationale qui ne sut pas s'imposer aux parents et voua les deux filles à une vie diminuée et dramatique;
12 Léna qui retrouva Anita et lui donna de vains espoirs.
Un sinistre engrenage dans lequel Anita et sa mère furent broyées. 

Bilan :

1 la famille, travailleuse, économe et habile à obtenir quelques faveurs de hiérarques, prospéra considérablement; 
2 le père mourut en patriarche, apprécié par tous, modèle de réussite et d'intégration cité au tableau d'honneur;
3 Adèle demeura plus ou moins la bourgeoise qu'elle rêvait d'être, certes avec quelques couacs; David se détacha d'elle, sans divorcer -l'essentiel- et se rapprocha de Léna*.
4 Sonia, la mère d'Anita, demeura prostituée et on ne retrouva jamais sa trace;
5 Anita se suicida. 
6 Léna continua sa carrière d'écrivain, pensant souvent à Anita.

*Ce qui généra quelque temps après une intrusion d'Adèle ET de son fils briefé contre Léna, chez celle-ci, avec diverses accusations (le masque tombé, tout les coups alors sont permis) sans doute sincères (?) de la part du jeune homme... qui PRÉTENDIT IGNORER TOUT DE L'HISTOIRE... UNE HISTOIRE QUI CEPENDANT S’ÉTAIT DÉROULÉE SOUS SES YEUX (!) cas classique d'un déni ici phénoménal... au point que Léna dut faire intervenir la police pour les faire sortir. Notons ici qu'Adèle a apparemment transmis elle aussi à son fils son propre déni ainsi que les traumatismes qu'elle a subi et que selon son habitude, (un transfert là aussi) n'osant pas elle-même affronter Léna, elle en a chargé un séide (mais relativement innocent, lui) tout comme elle avait été celui de son père contre Anita. Les syndromes de Stockholm aussi se transmettent. Notons aussi que l'agressivité dont elle fit preuve envers Léna, violant son domicile au forcing, cessa immédiatement lorsque les policiers arrivèrent: le personnage se transforma immédiatement en une dame calme qui "ne comprenait pas pourquoi Léna s'énervait autant" (même processus que celui dont elle avait usé contre Anita.. devant Léna).. Et enfin.. que David ne FIT RIEN POUR EMPÊCHER L'INTRUSION ET DÉFENDRE LENA. Oui, quelque soit l'amour qu'il éprouvait pour sa grande soeur, c'est tout de même elle qu'il laissa au front sans broncher... ce qui ne l'empêcha nullement de revenir ensuite comme s'il ne s'était rien passé. Le lendemain, tout était "oublié" (pour lui.)