dimanche 27 mai 2012

Les manipulateurs en 18 leçons


LE "RÉVERSIBLE" PLUTÔT QUE LE
PERVERS MANIPULATEUR EN 18 LEÇONS

Le terme réversible semble plus adapté que celui de manipulateur car manipulateurs, nous le sommes tous plus ou moins, tandis que le réversible, lui, n’est que cela, il est ainsi fait qu’il semble n’avoir pas d’existence en dehors de ceux dont il tire les ficelles.. Le réversible répond à quelques critères essentiels que nous allons énumérer avec des exemples, en 18 points, avec quelques phrases clef particulièrement significatives.
Il culpabilise l’autre même lorsque ses torts sont évidents, reportant sur eux sa responsabilité avec un talent parfois époustouflant :

1 JE LA QUITTERAI POUR TOI SI TU VEUX  
MAIS CA LA TUERA

.. Exemple, il prétend avoir du mal à quitter une amante avec qui il trompe sa femme.. parce que "ça lui ferait trop de peine, je n’ai rien à lui reprocher, elle est parfaite" mais lui assure pourtant la mort dans l’âme qu’il va le faire malgré tout… si elle l’exige absolument, la mettant ainsi dans la situation de celle qui va blesser une innocente. "Je la quitterai pour toi si tu le veux mais ça la tuera".

VOUS N’AVEZ PAS D’ONDULEUR ?

Autre exemple : Léna laisse les clefs d’une maison jouxtant l’endroit où elle travaille (sur le net) à de jeunes locataires vocatifs qui les lui ont demandées pour prendre des mesures lui ont-ils dit ; rien ne l’y oblige, ils n’ont signé aucun contrat, mais elle a consenti par gentillesse. Soudain, plus de net. Deux heures de travail fichues. Mécontente, elle sort dans le couloir et les voit devant son compteur électrique qu’ils ont disjoncté par erreur. "Qu’avez-vous fait ?" Le gars semble étonné. Elle réitère sa question.. "Ah oui ! On s’est trompés de compteur !" (En fait, ils n’avaient pas plus à disjoncteur l’un que l’autre !) Pas un mot d’excuse. Elle proteste, de plus en plus estomaquée par son aplomb : "Bravo, ça me fait deux heures de boulot perdues !" Réponse du gars, légèrement choqué (!) semble-t-il : "Mais vous n’avez  pas d’onduleur ?

Époustouflant, il fallait y penser ! en une seconde, il a trouvé moyen de la mettre, elle, en défaut, et non lui malgré l’évidence de sa boulette ! Une constante : le réversible ne s’excuse JAMAIS. Il n’a JAMAIS tort, c’est l’autre, toujours, quelles que soient les circonstances qui est en défaut, et son réflexe est parfois ahurissant de rapidité comme ici.


IL ME FAUT UNE RÉPONSE RAPIDE !

Léna prend contact avec Jane, une condisciple de la fac avec qui elle n’était pas vraiment amie mais sur laquelle elle compte peut-être pour lui fournir le contact d’une autre. Rien n’a changé semble-t-il, Jane est toujours la réversible qu’elle était il y a 20 ans, elle vit en Suisse et gagne sa vie en organisant des stages de développement personnel payants "pour se libérer de ses complexes et sa timidité." Elle lui écrit trois lignes, Jane répond et apparemment elles se sont dit tout ce qu’elles avaient à se dire, où elles vivent, ce qu’elles font… Léna a indiqué à Jane qu’elle avait une galerie d’art dans une ville touristique. Même sans autre contact, elle a cependant mis Jane sur sa liste et lui envoie parfois ses blogs. Puis elle a quelques ennuis, ce que relatent les blogs et Jane, bien que dans la région pour ses stages (elle loue des maisons pour ses stagiaires un peu partout, surtout dans des régions agréables).. se tait. 

Enfin tout s’arrange pour Léna, c’est l’été… et elle reçoit un curieux mail de Jane lui annonçant qu’elle a envie de s’aérer, la vie à Genève est parfois pénible etc.. bref, elle compte venir la voir si elle est OK, ajoutant naïvement (les réversibles ne sont pas tous très subtils) qu’elle se souvient mal d’elle mais fort bien de sa maison et de son jardin (Léna l’avait hébergée autrefois dans sa maison familiale lorsqu’elle s’était trouvée à la rue). Agacée, elle ne répond pas. Jane revient à charge quelques jours après. Elle n’a pas dû avoir son courriel, certainement suppose-t-elle, alors elle réitère sa "proposition" de venir en juillet. [D’autre part, la galerie l’intéresse aussi pour 15 jours en Août parce qu’elle a justement un stage qu’elle ne sait où caser, ça pourrait être bien Attuargues, mais il faudrait que Léna se charge de la publicité, des affiches par exemple, car elle fait aussi des lectures de texte (payantes) etc..] Exaspérée, (le café philo est par principe gratuit), Léna ne répond toujours pas. Et c’est le dernier courriel de Jane, sec : "il me faudrait à présent une réponse rapide, cela fait trois messages que je t’envoie sans réponse ! car tu dois bien t’imaginer que j’ai d’autres opportunités importantes et je dois m’organiser." Léna ne répond toujours pas.. et peu après sur un fil, reçoit une demande assez moche car publique de la rayer de la liste de ses contacts "pour diverses raisons". Chose faite. Les réversibles ne sont pas tous très malins ni bons joueurs ; celle-ci, trop évidente, agaçante certes, n’était pourtant pas vraiment dangereuse.. et du reste réussissait assez mal dans l’existence. (Les réversibles souvent réussissent plutôt bien.) 

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Il ne parle jamais clairement, répond de façon amphibologique (cela va du blanc au noir !)

2 ÉVITEMENT, FAENA: "ÉCOUTE, C’EST A DIRE QUE"
Exemple d’évitement. Le contexte : Léna et Nathan sont un couple séparé, elle vit dans le Midi mais il prétend venir chez elle quand bon lui semble (ou ne pas venir, à son bon plaisir) sans prévenir, comme s’ils étaient simplement éloignés par des circonstances indépendantes de leur volonté. Cette attitude parfois confine à de l’ingérence et elle exige depuis peu d’être au minimum prévenue. Dans le cas présent, il lui a dit vaguement au téléphone qu’il comptait venir, sans précision, et elle veut une date ou une dénégation, qu’importe. Ici un exemple d’une remarquable faena de matador.  

Question : "Tu vas donc venir ou pas ?".. "J’ai un rendez-vous jeudi mais je peux le reporter éventuellement.".. "Donc tu vas venir ?".. "C'est-à-dire.. c’est qu’en plus, Tania (une de ses sœurs vivant en Argentine qui déteste Léna et lui a occasionné des ennuis en série) a téléphoné qu’elle allait peut-être arriver…" (La réflexion est à double sens, d’un côté il y a le sens ouvert, il est un bon frère aidant une sœur malade, on ne peut rien lui reprocher, mais de l’autre il sous-entend qu’il privilégie à sa femme une perverse dont il n’ignore rien des manigances à son encontre, manigances qu’il prétend parfois désavouer.. Il s’attend peut-être à ce qu’elle embraye au sujet de celles-ci et laisse éclater sa colère mais, chose imprévue, elle passe et revient à son point de départ..) .. "Bon, donc tu ne vas pas venir ?" .. "C'est-à-dire qu’elle va mal en ce moment, tu sais, comme je t’ai dit.." .. (c’est un autre essai pour dévier la conversation vers l’état de santé de celle-ci, qu’il peut alors exposer longuement quand évidemment ce n’est pas le problème premier de sa femme, mais elle passe encore..) "Donc tu ne vas pas venir ?" .. "Écoute, après sa visite, si tout va bien, parce que rien ne le dit, tu sais en ce moment il lui faut beaucoup de calme, je pense que j’annulerai ma réunion de l’association.." .. (Il ne lui a jamais parlé de cela et fait comme si c’était un conseil des ministres dont la date est connue et attendue de tous.) "Bon, donc tu vas venir? J’ai besoin de le savoir.." .. "Écoute, je te rappelle, on passe sous un tunnel ou c’est mon téléphone qui marche mal, Mikey l’a détraqué en voulant le réparer, tu sais comme il est.. Ça va couper, je t’embrasse, à ce soir." Le soir, rien. Le lendemain, idem. C’est elle qui appelle, le surlendemain, avec lui on ne sait jamais il peut surgir du jour au lendemain. C’est lui qui parle : "Mais tu ne m’as pas rappelé, depuis 3 jours, tout de même je… je me demandais si.. (il ne finit jamais ses phrases)" .. "Mais c’est toi qui devais me rappeler, souviens-toi !" .. "Voyons, tu as bien vu que mon téléphone marchait mal ! Je t’ai dit, Mik me l’a emprunté et comme toujours.." (Digressions à nouveau, cette fois, c’est la faute de leur fils, elle coupe..).. "Bon, c’est juste pour savoir si tu vas venir.. " .. "Ah oui ! (il feint d’avoir oublié le sujet de la conversation).. justement j’allais t’appeler pour t’annoncer la bonne nouvelle : Tania ne vient pas.." (il fait ici comme si elle était suspendue aux décisions de celle-ci alors qu’elle avait totalement oublié ce détail, depuis sa séparation d’avec Nathan, elle s'est éloignée de ses histoires familiales compliquées.) Il enchaîne "Enfin une bonne nouvelle, pour toi peut-être, mais c’est à voir parce qu’elle a dû se faire hospitaliser pour son histoire, c’est un peu difficile pour elle parce que"… (il feint qu’elle souhaite l’aggravation de la maladie de sa sœur, pensant sans doute qu’elle va hurler, c’est raté.. et aussi qu’elle désire plus que tout le voir, ce n’est pas le cas, ce qui ferait "pour elle" de l’hospitalisation de Tania une  "bonne nouvelle", ce n’est évidemment pas le cas, afin de la poser en garce.. puis tente la digression : et à nouveau il va parler longuement de cette femme qui a tout fait contre Léna.. et dont en effet celle-ci ne se soucie pas (un peu tout de même) des ennuis de santé –réels– ; si elle le coupe, il la culpabilisera ("tu te fous qu’elle soit malade, on dirait même que ça te fait plaisir, tu es comme ça avec ma famille, égoïste, infantile..") elle le laisse donc parler –il est vrai que Tania est sérieusement malade– et même elle lui donne même quelques tuyaux basiques – par exemple "ce serait bien qu’elle quitte Buenos Aires qui est une des villes les plus polluées du monde"–.. qu’il rejette aussitôt avec hauteur "elle est suivie par les plus grands patrons de médecine de Buenos-Aires, tu sais..".. (une des caractéristiques les plus pénibles des réversibles est de se servir de la gentillesse de leurs victimes pour la leur renvoyer à la figure avec un crachat : ils ne reconnaissent pas la longanimité et la confondent avec la faiblesse), elle s’abstient de rétorquer que ça ne l’empêche pas d’avoir une leucémie.. et revient tout de même à la question de base "donc tu vas venir ou pas?".. "Mais je t’avais dit que je pourrais éventuellement annuler ma réunion sauf que ça se complique parce que.." (Elle le laisse parler un peu puis coupe).. "D’accord, donc tu ne vas pas venir ?".. "Ce n’est pas si simple tu sais de diriger une assoc de plus de 100 personnes à présent, on a plein de subventions mais ça me dépasse car les rivalités des artistes pour les expos, c’est pas facile à gérer, j’ai 50 coups de fil par jour, je n’en peux plus.." (il va alors digresser longuement sur les problèmes de son association, reliés à des gens qu’elle ne connaît pas et qu’il ne veut surtout pas qu’elle connaisse ! prétendant souffrir de ce qui en réalité le satisfait pleinement.. il a fondé cette assoc pour faire avec les membres ce qu’il faisait avec elle, poser en décideur devant une cour quémandant d’être exposée en bonne place… Il adore parler de leurs intrigues et ça peut durer, elle coupe).. "Oui, je sais, c’est dur.. donc tu ne vas pas venir ?" .. "Écoute.. (J’entends un appel sur son autre ligne…) ah, ne quitte pas, j’ai une com urgente.." (Elle attend, longtemps, puis raccroche). Il ne rappelle pas tout de suite.. Puis, le fait enfin, mécontent : "Mais tu as raccroché ?" .. "Oui, tu parlais à quelqu’un.." .. "Mais je t’avais dit de ne pas quitter, ça n’a pas duré longtemps (!).." .. "J’ai tout de même autre chose à faire.." .. "Bon, si tu le prends comme ça, écoute, ce n’est pas la peine de discuter, je suis fatigué.." .. "Mais je t’ai juste demandé si tu venais ou non et quand, ça te prend trois secondes pour me répondre..".. Là, le ton change, il sent qu’il ne va plus pouvoir échapper et feint la colère. "Ce que tu peux être exaspérante avec tes questions permanentes, je suis ton mari après tout (discutable, ce point) et tu me  harcèles comme un patron un employé, qui exige qu’il lui rende des comptes, bon sang.. "

Il inverse les termes de la relation, toujours : c’est elle qui le harcèle et non lui qui la déstabilise en posant au "mari" (au chef plutôt) survenant quand bon lui semble chez un vassal, exigeant que tout soit prêt pour l’accueillir. "Je veux juste savoir pour être relativement prête si tu viens, sinon ce n’est pas la peine de tout ranger et nettoyer.." .. Là, il biche, il tient enfin un argument et son agacement lui sied. Il va tenter de l’accentuer. "Il est vrai que tu vis dans un merdier invraisemblable".. (digression sur sa manière de vivre afin de la mettre en colère mais elle coupe calmement ).. "Soit, c’est pour ça que je veux savoir si et quand tu viens ou non." Il n’apprécie pas qu’elle le détourne de ses habituelles litanies de reproches, il n’a pas pu vider son sac, elle n’a pas réagi comme il l’attendait, ça lui pèse, il lui manque son orgasme. "Écoute, dans ces conditions, puisque tu insistes si lourdement, considère donc que je ne viens pas, tant pis (il ne dit plus à présent "pour toi" depuis qu'elle a éclaté de rire à la formule) reste dans ta merde puisque tu t’y complais, et puis si j’ai pu me libérer je t’appellerai, voilà tout, si tu peux, tu peux, si tu peux pas, je me ferais une raison.." .. "Non par exemple ! Tu ne viens pas, c'est-à-dire que là, c’est moi qui le décide. Car je sais d’avance que ce sera du jour au lendemain, je n’aurai pas eu le temps de nettoyer, ça fera des drames, OK donc tu ne viens pas, ça me va..".. Là, il voit la partie mal engagée (car c’est lui et non elle qui a "décidé" qu’il allait venir "peut-être") et son ton change à nouveau, se fait d’une seconde à l’autre enjôleur : "Allons, ne dramatise pas, ne fais pas d’histoires pour rien, ce que tu peux être susceptible à la fin, infantile, ce n’est pas si grave tout de même la manière dont tu vis, le problème est tu prends tout comme une tragédie, ça fatigue.." Bref, il lui sert à présent le discours opposé à celui qu'il tenait une seconde avant, de surcroît le sien ! Vertiges. Il inverse les termes du rapport de manière ici quasi comique dans sa flagrance : c’est elle qui dramatise… ! alors que c’est lui qui durant une journée entière ou davantage peut l’agonir de reproches litaniques allant toujours crescendo lorsqu’il n’est pas satisfait de la manière dont est tenue la maison ou pour une toute autre raison – et satisfait, il ne l’est jamais: que ce soit sale, là c’est couru,ou non, ses crises peuvent le prendre sans aucun signe avant-coureur ou parfois détectables seulement après coup..–

3 TU AS TOUT RATE DANS TA VIE, TOUT !

Ces crises ? Les voici in extenso, un modèle, cela vaut d'être dit : "Tu t’en fous de la maison, tu vis dans une merde incroyable, comment peut-on venir chez toi, c’est inouï, personne ne le peut (faux) il y a même des souris, si si j’en ai vu, je n’en peux plus, il faut vraiment que je t’aime pour rester dans ce merdier, chez Sophie –ou Michèle, ou Marie..– c’est impec, le bonheur, regarde Nadia –ou Ariella ou Sabrina, des relations libanaises qu’elle connaît à peine– elle a dit à Nabil autrefois –Léna ne le connaît pas davantage– qu’elle n’osait pas venir manger à la maison.. on dirait que tu veux tout saccager, toujours, comme dans ta vie… d’ailleurs tu as tout raté, ta carrière, l’éducation de tes enfants, regarde Mik, incapable de subvenir à ses besoins, et Magali, toujours entre deux crises, c’est ta faute, et même ici où tu es seule, tu n’arrives pas à tenir correctement une maison, tu détruis tout, d’ailleurs tu as tué ta mère.." – elle est morte par la faute du cheval de Léna ce qui la culpabilise infiniment en effet mais dire qu’elle l’a tuée est tout de même un peu excessif – etc..  jusqu’à ce qu’elle hurle et le vire.. ou qu’elle ait une crise d’angoisse voire de panique.. ce qui lui a permis de la psychiatriser –une fois– : elle dramatiserait "tout" (!) et malgré toute sa force et son équilibre, il serait "à bout", ce n’est pas simple de vivre avec une telle femme qui a certes des qualités mais etc (!).. ce qui lui permet aussi de lui tenir ensuite sur un ton paternaliste amical… le discours exactement opposé à celui qu’il vient de proférer !  –plus proche de la réalité certes, en fait c’est même celui de Léna ! – : "Ce n’est pas si grave tout de même, tu ne vas pas te mettre dans tous tes états pour des vétilles, voyons, ne sois pas infantile.. etc.." Vertiges ! Il tient donc deux discours opposés, le premier, celui de la tragédie (à partir d’un détail-prétexte, il a vu une souris – vrai ou faux–.. il en arrive à la mort de sa mère qu'elle a causée… ou de la sienne car elle aurait aussi "tué" sa belle-mère, morte à l'âge respectable de 95 ans d’une septicémie) et le second, destiné à apaiser une pauvre femme en crise frisant la maladie psychique, qui l’épuise malgré tout son amour pour elle…  car il l’aime tout de même (il est bien bon) alors que tant d’autres (dans son assoc par exemple) aimeraient tant bla bla (mais il est fidèle, enfin relativement !) etc.. 
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Il change d’opinion et de comportement (du blanc au noir également) en fonction des personnes et des situations…

4 UN TABLEAU TROP ROSE.. MAIS C’EST TRÈS BIEN !

Exemple. Elle vient de peindre un tableau. Il l’agonit aussitôt de critiques.. amphibologiques comme toujours. "C’est bien, vraiment, pour un premier tableau (elle peint depuis 5 ans) mais bon… le bras n’est pas à sa place… mais enfin je ne suis pas spécialiste, c’est peut-être voulu… (oui, ce n’est pas un tableau figuratif)… non en fait, le bras ce n’est pas grave, on ne le voit même pas, c’est surtout la couleur qui jure, ce rose ça ne va pas du tout… tu dois le refaire un ton plus foncé.. et puis… non, en fait, c’est surtout le centrage qui n’est pas bon, la bonne femme n’est pas au milieu.. c’est voulu ? Ah bon alors je ne dis rien.. mais tout de même ça choque.. mais c’est bien tout de même, vraiment.. j’admire que tu te sois lancée comme ça, sans avoir pris le moindre cours et que tu oses.. exposer comme un grand peintre.." (formule ambiguë qui peut vouloir dire "que tu aies le cran de présenter au public comme si tu étais un grand peintre, une telle merde" ou "que tu n’aies pas froid aux yeux") ; le tableau est vendu le lendemain puis affiché à l’office de tourisme du village. Les gens le regardent. Et lui admire comme tous, copiant point par point le discours d’un spécialiste ou qu’il croit tel. "Vraiment, l’idée de ce rose tendre opposé à la noirceur du sujet, c’est une réussite, de même que le décentrage du sujet qui semble apparaître en biais en point de fuite.." (!) Si elle lui fait remarquer ses précédentes critiques.. il les a carrément oubliées… ou alors il les ressort à sa manière : "Mais non, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit … oui le décentrage mais justement ça choque c’est vrai mais on voit tout de suite que c’est voulu pour et c’est génial…" Non il n’a pas dit que le rose.. "ou plutôt si mais c’est tout le sens d’une œuvre que de surprendre, il est bien évident que c’est voulu".. pour qui le prend-t-on ? etc.. 

Pitoyable, mais destructeur, sauf si un autre regard est là pour rectifier ses critiques dont le seul objet est de se poser lui et/ou de détruire l’autre. En fait, il manque tant de confiance en lui qu’il écrase volontiers qui il croit plus faible (si le tableau n’ait pas été exposé ni vendu, il serait resté "une merde" pour lui et sans doute à la fin par ricochet pour elle aussi) mais s’aligne sur qui il croit plus fort. C’est un être qui, sous des dehors omniscients, arrogants, manque totalement de confiance en lui. Il dit, non pas ce qu’il pense ou sent, mais ce qu’il pense qu’il est bon de dire ou de penser pour poser ou démolir l’autre (les deux souvent, surtout lorsque l’autre est faible ou naïf.. ou simplement aimant !) c’est pourquoi son langage est toujours amphibologique : il faut qu’il puisse se rattraper lorsque des critiques en plus grand nombre ou issues de gens plus qualifiés croit-il s’opposeront aux siennes de zéro à l’infini. Mais il prend ses précautions : ses démolissages ont toujours lieu en tête à tête, ainsi pourra-t-il les nier ensuite. Non non il n’a jamais dit que.. non, elle n’a pas compris, elle lui fait encore dire ce qu’il n’a pas dit, il a dit que… absolument, ce tableau est intéressant et même plus que ça même si au début etc.. ici sa mauvaise foi et sa gêne peuvent être presque comiques.

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